mercredi 3 mars 2010

La détermination de l’emploi

Au sens du BIT, les personnes employées désignent toute personne ayant travaillé pendant une durée quelconque, même une heure seulement au cours de la semaine précédant l'enquête.

Au sens du recensement de la population réalisé par l'INSEE, les personnes employées sont uniquement celles ayant déclaré avoir un emploi.

Le taux d'emploi désigne la part des actifs occupés dans la population en âge de travailler, c'est-à-dire entre 15 et 64 ans. En France, le taux d'emploi est en 2008 selon l'INSEE de 52%. Attention à ne pas confondre le taux d'emploi avec le taux d'activité qui désigne la part des actifs occupés dans la population totale.

Pour faire des comparaisons dans les pays de l'OCDE, il faut utiliser la notion d'emploi au sens du BIT, ce qui explique que le taux d'emploi pour la France soit plus élevé dans les chiffres qui vont suivre. Selon Eurostat, en 2008, le taux d'emploi de la France est de 65,8%. Il est légèrement inférieur à la moyenne dans l'UE à 27 : 65,9%. Il est en revanche très largement inférieur au Royaume-Uni (71,5%) et à l'Allemagne (70,7%). Le taux d'emploi des séniors (55-64 ans) est beaucoup plus important au Royaume-Uni (58%) et dans l'UE à 27 (45,6%) qu'en France (38,3%). On constate le même phénomène pour les jeunes (15-24 ans) où le taux d'emploi français (32,2%) est largement inférieur à la moyenne de l'UE à 27 (37,6%).

Taux d'emploi en 2008

15 à 24 ans

25 à 54 ans

55 à 64 ans

Ensemble

Allemagne

46,9

81,8

53,8

70,7

France

32,2

83,2

38,3

65,2

Royaume-Uni

52,4

81,4

58,0

71,5

UE à 27

37,6

79,6

45,6

65,9

Il faut distinguer l'offre et la demande de travail de l'offre et de la demande d'emploi.

  • L'offre et la demande de travail sont des concepts de macroéconomie : l'offre de travail est fournie par les ménages et la demande de travail est le fait des entreprises. Sur le marché du travail, cette offre et cette demande s'ajuste pour définir le salaire réel (aussi appelé le salaire d'équilibre).
  • L'offre et la demande d'emploi sont en revanche des concepts de microéconomie : la demande d'emploi est le fait des individus et l'offre d'emploi est fournie par l'entreprise. Dans cette perspective, le problème consiste pour l'action publique à faire se rencontrer au mieux l'offre et la demande d'emploi. Le terme technique est celui de l'appariement : il s'agit de faire en sorte qu'il y ait une adéquation entre l'offre et la demande d'emploi.

D'après la DARES, en France en 2007, 35% des entreprises déclarent connaître des difficultés de recrutement. Le taux de tension qui mesure l'adéquation entre offres et demandeurs d'emploi sur le marché du travail (offres reçues sur le nombre de demandeurs d'emploi) est de 0,72. Le taux de tension suppose un taux proche de 1,5 pour atteindre une adéquation parfaite de l'offre et de la demande. Il n'est pas de 1 à cause du chômage frictionnel qui correspond au chômage de transition d'un emploi à un autre, toujours d'une certaine durée qu'il est impossible de réduire totalement.

L'écart entre le taux de tension français et le taux de tension cible peut s'expliquer par la mobilité complexe des employés d'un secteur à l'autre. La théorie du déversement d'Alfred Sauvy dans La machine et le chômage. Le progrès technique et l'emploi (1980) laisse penser que le progrès technique détruit à court terme des emplois, mais qu'à long terme, se produit un phénomène de déversement conduisant à créer de nouveaux emplois dans un secteur différent. Par exemple, dans un premier temps, l'invention des machines-outils conduit un entrepreneur dans le textile à se séparer de ses ouvriers non-qualifiés. Mais dans un second temps, l'accroissement de la demande en machines-outils crée de nouveaux emplois dans le domaine de l'industrie ou dans le domaine des services (entretien des machines). Cette thèse technophile est cependant critiquée par Jérémy Rifkin dans La fin du travail (1996) où il explique que le rythme soutenu des innovations ne permet pas aux ouvriers de s'adapter aux nouvelles technologies, ce qui les relègue durablement hors du marché du travail.

La courbe de Beveridge qui illustre l'efficacité de l'appariement entre offre et demande de travail représente graphiquement la relation entre le taux de chômage et le taux de postes vacants. Le tracé de cette courbe montre que le fonctionnement de l'appariement est encore éminemment perfectible. L'objectif du retour au plein emploi affiché lors du Conseil européen de Lisbonne en 2000 est très loin d'être atteint. La persistance du sous-emploi en France, mais plus largement dans l'ensemble de l'UE à 27, engendre une perte en termes d'efficacité économique et de bien-être social. Les dispositifs de prime pour l'emploi (crédit d'impôt pour les salariés qui retrouvent un emploi) et de développement accru de la formation professionnelle se présentent comme des moyens de lutter contre la sous-employabilité. L'abandon également des mesures malthusiennes de préretraites s'inscrit dans cette logique. La loi de 2009 sur l'emploi des séniors oblige les entreprises à compter du 1er janvier 2010 à se doter de plans d'action pour l'emploi des seniors et restreint les possibilités de mise à la retraite d'office par l'employeur avant 70 ans. Elle s'inscrit dans une politique européenne et vise pour 2010 un objectif de 50 % d'emploi des plus de cinquante ans. Les entreprises d'au moins 50 salariés non couvertes par un accord ou un plan d'action pour l'emploi des seniors se verront infliger une amende égale à 1% de leur masse salariale.

Annexe :

Courbe Beveridge 1980-2002 dans la zone euro

Sources :

http://www.lyc-arsonval-brive.ac-limoges.fr/jp-simonnet/spip.php?article151

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPTEF03135

http://www.statapprendre.education.fr/insee/emploi/global/globalderniers.htm

http://www.travail-solidarite.gouv.fr/

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