vendredi 29 mai 2009

Politique économique keynésienne et demande de monnaie

Keynes a pour originalité d'introduire dans l'analyse économique une nouvelle conception de la monnaie et de l'intérêt. Selon l'analyse classique, la monnaie est neutre, elle n'est donc pas comprise comme un élément d'analyse des phénomènes économiques. Au contraire, Keynes lui donne une importance au sens où elle joue un rôle dans la détermination de l'équilibre économique. Il ne la comprend plus comme un simple voile masquant les phénomènes réels, mais comme un phénomène fondamental des économies modernes qu'il faut prendre en compte. Son intuition est qu'il est possible que la monnaie soit demandée pour elle-même, alors que selon l'analyse classique la monnaie n'a d'utilité que relative à une transaction.

Keynes analyse la monnaie comme un moyen de détenir le pouvoir de disposer d'une richesse n'importe où et n'importe quand. Elle présente donc un haut degré de liquidité : sa mobilisation est sans délai et sans coût. Le problème est que la détention de cette monnaie ne rapporte rien contrairement aux obligations qui rapportent un taux d'intérêt. Détenir de la monnaie a donc un coût d'opportunité qui est égal à ce que rapporterait l'intérêt de cette monnaie convertie en obligations. Elle apporte en revanche une sécurité qui compense l'incertitude des comportements futurs des agents. Pour satisfaire ce besoin de sécurité, les agents formulent une demande de monnaie pour elle-même en raison justement de sa liquidité.

Comme la détention de liquidité calme les inquiétudes des agents face à l'avenir, les agents sont prêts à se séparer de leur monnaie seulement s'ils perçoivent un dédommagement à la hauteur du degré de leur incertitude. Ce dédommagement dépend également de la confiance que l'agent peut avoir dans ses spéculations à venir. Il existe donc une préférence pour la liquidité que Keynes calcule en fonction de la quantité de monnaie et du taux d'intérêt. Le taux d'intérêt est le prix de la renonciation à la liquidité. Le taux d'intérêt est donc un dédommagement de la renonciation à la liquidité jusqu'à ce que la totalité de la somme prêtée soit rendue.

Le taux d'intérêt pour celui qui choisit de thésauriser, c'est-à-dire de conserver la monnaie liquide, est un coût d'opportunité à la détention d'encaisses oisives. Un coût d'opportunité est un manque à gagner lié à la détention d'une monnaie liquide qui pourrait être placée et rapporter un gain à son propriétaire. Mais il existe aussi un gain à la détention de monnaie : la constitution d'encaisses oisives relève donc de la volonté des agents qui anticipent.

La préférence pour la liquidité s'explique par trois motifs : la transaction, la précaution et la spéculation. Le motif de transaction explique la détention de monnaie par la nécessité pour les agents de retarder leurs paiements (équilibre des dépenses, perception du revenu). Le motif de précaution explique la détention de monnaie par l'incertitude dans laquelle les agents se trouvent : ils conservent des liquidités pour faire face à des imprévus. Le motif de spéculation correspond à des situations où il va être plus intéressant de détenir de la monnaie plutôt que des obligations, notamment si les taux d'intérêt ont des chances d'augmenter, car dans ce cas, les obligations connaissent une baisse de prix. En conséquence, ce motif de spéculation va directement dépendre des anticipations des agents sur l'évolution du taux d'intérêt.

Au vu de ces trois motifs de détention de monnaie, le montant de la détention de liquidité varie en fonction de son coût d'opportunité. Ce coût exprimé par le taux d'intérêt désigne une préférence pour la détention de monnaie plutôt que son placement financier. Si ce coût de détention est élevé (taux d'intérêt élevé), les agents vont plutôt chercher à placer leur argent. En revanche, si ce coût est faible, les agents vont préférer conserver leur argent liquide. Mais il faut souligner que ce mécanisme est surtout déterminant pour le motif de spéculation. Pour les deux autres motifs, à savoir le motif de précaution et le motif de transaction, c'est le volume des paiements (i.e. niveau général de l'activité et des risques présents) qui va surtout être déterminant.

La politique monétaire est l'un des deux instruments de l'Etat face à l'évolution de la conjoncture avec la politique budgétaire. La politique monétaire est une action de la banque centrale sur la masse monétaire par le biais des taux d'intérêt et la politique budgétaire est une action du gouvernement sur les recettes et dépenses publiques.

Les objectifs de la politique monétaire sont définis par une série d'interventions sur l'offre de monnaie et le taux d'intérêt. On peut distinguer deux grandes catégories d'intervention sur la liquidité des banques : des interventions directes par réglementation (modification du taux d'intérêt) et des interventions indirectes (modification de l'offre de monnaie) par l'intermédiaire du marché monétaire. Quels que soient les instruments de politique monétaire, le résultat est toujours une variation du coût de l'argent, i.e. une variation de l'intérêt que doit verser tout emprunteur à son créancier. Cette variation du taux d'intérêt influence l'épargne des ménages. Une hausse d'intérêt doit inciter les particuliers à épargner plus, et pour ce faire, à limiter leur demande de biens et services. Une hausse d'intérêt décourage les agents de faire appel au crédit pour consommer. Toute hausse du taux d'intérêt favorise les placements financiers au détriment de l'achat d'équipements productifs.

Il existe cependant deux seuils du taux d'intérêt. Un seuil maximum où les agents ne demandent plus de monnaie mais seulement des titres, on parle alors de préférence absolue pour les titres. Et un autre seuil, minimum, où les agents transforment tous leurs avoirs en liquidité, on parle alors de trappe à liquidité. Dans ce cas, le taux d'intérêt est insensible à toute variation de la quantité de monnaie, celle-ci tombant dans une trappe.


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