jeudi 25 juin 2009

Le principe de l'avantage comparatif

Le principe de l'avantage comparatif est dû à l'économiste anglais David Ricardo (1772-1823). Il est démontré dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817). Avant lui, Adam Smith (1723-1790) montre qu'une nation possède un avantage absolu dans le commerce international si elle produit certains biens au moindre coût. En effet, dans le cas où il existe un marché international libre de toutes entraves (pas de taxes sur les importations par exemple), un pays peut réaliser davantage de profits grâce au commerce avec d'autres pays s'il se spécialise dans la production d'un bien pour lequel les coûts de production sont les plus faibles.

Le principe de l'avantage comparatif démontré par Ricardo complète cette idée en montrant que quand bien même l'un des partenaires bénéficirait de coûts plus élevés dans toutes les productions, faisant de lui le pays le plus défavorisé au plan du commerce international, il tirerait encore avantage du marché en acceptant de se spécialiser dans les productions pour lesquelles ses coûts sont comparativement les moins élevés par rapport à ceux de son partenaire : c'est la loi des coûts comparatifs.

Pour expliquer cette loi, Ricardo dans le chapitre VII intitulé "Du commerce extérieur" composant ses Principes de l'économie politique et de l'impôt, se sert d'un exemple mettant en situation d'échange deux pays, l'Angleterre et le Portugal, ainsi que deux biens : le drap et le vin. Pour comprendre la loi des coûts comparatifs, nous allons reprendre cet exemple et y ajouter des tableaux afin de le rendre plus facilement accessible.

Dans le tableau 1, on peut remarquer que la production de vin en Angleterre nécessite 120 hommes, alors que la production de drap n'en demande que 100. L'Angleterre a donc intérêt à importer le vin et à le payer par des exportations de drap. Quant au Portugal, il a plutôt intérêt à échanger du vin contre du drap. Or selon Ricardo, "cet échange pourrait survenir quand bien même la marchandise importée par le Portugal pourrait être produite dans ce pays avec moins de travail qu'en Angleterre" (GF, p. 154). Cela s'explique par le principe de l'avantage comparatif : le Portugal a plutôt intérêt se spécialiser dans la production du vin, puisque il mobilise ainsi moins d'hommes que pour produire la même valeur de drap. Grâce au commerce international, il peut acheter le drap dont il a besoin de manière avantageuse : "ainsi, l'Angleterre offrirait le produit du travail de 100 hommes contre le produit du travail de 80" (ibid.). Or note Ricardo, "un tel échange ne pourrait pas se faire entre individus d'un même pays" (ibid.). L'avantage comparatif existe justement parce que chacun des pays en se spécialisant dans la production du produit pour lequel le coût du travail est moindre peut en contrepartie acheter plus de produit que ce qu'il aurait pu produire par lui-même, compte tenu de la limitation de son nombre de travailleurs. L'Angleterre, quoiqu'elle dispose d'un désavantage absolu dans chacun des deux produits, elle conserve cependant un avantage comparatif dans la production de drap, puisqu'en se spécialisant dans cette dernière production, elle obtiendra grâce à son commerce avec le Portugal, davantage de vin que si elle s'était décidée à le produire par elle-même.

En conclusion, parce que les coûts relatifs ou comparés diffèrent, il est toujours mutuellement avantageux pour les deux pays de commercer, même si le Portugal a un avantage absolu dans les deux produits échangés. Comme le Portugal est relativement meilleur dans la production de vin que dans celle du drap, il possède un avantage comparatif dans la production de vin. En revanche, l’Angleterre est relativement meilleure dans la production de drap que dans celle du vin, l'Angleterre a donc un avantage comparatif dans la production de drap.

Pour bien comprendre les avantages du commerce extérieur mis en lumière par Ricardo, nous pouvons prendre un autre exemple qui ne se trouve pas dans Des principes, mais qui possède néanmoins des vertus didactiques.

Les tableaux 2 et 3 montrent comment le commerce peut être avantageux. Admettons que le Portugal possède 1000 hommes disponibles pour la production. Avant que l’échange se fasse, il consacre 500 hommes à la production de drap et 500 hommes à la production de vin. Le Portugal a moins de ressources en main-d'œuvre, seulement 1400 hommes disponibles pour la production. Avant que l’échange n’ait lieu, il consacre 700 hommes à la production de drap et 700 à la production de vin. La production totale des deux économies est de 11,85 unités de vin et de 12,55 unités de drap.

Si maintenant les deux pays se spécialisent et échangent leur production (tableau 3), le Portugal ne produisant uniquement du vin et l'Angleterre ne produisant que du drap, la production totale sera de 14 unités de drap et de 12,5 unités de vin. La spécialisation permet donc d'accroître la production.

En conclusion, ce petit calcul permet de vérifier l'idée de Ricardo : il existe bien un bénéfice pour les deux pays à commercer. Cela lui permet d'affirmer, que "dans un système de parfaite liberté du commerce, chaque pays consacre naturellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont le plus avantageux. La recherche de son avantage propre s'accorde admirablement avec le bien universel" (p. 153). On retrouve là les effets bénéfiques déjà soulignés par la main invisible d'Adam Smith, mais sur le plan du commerce international.

La principe de l'avantage comparatif décrit ci-dessus s’appuie néanmoins sur un certain nombre d'hypothèses importantes qu'il faut avoir à l'esprit lorsqu'on cherche à appliquer cette grille d'analyse à la réalité :
- les frais de transport ne sont pas pris en compte ;
- les coûts sont constants et il n'y a pas d'économies d'échelle ;
- il n'y a que deux économies produisant seulement deux biens ;
- la théorie suppose que les biens échangés sont homogènes (c'est-à-dire identique) ;
- les facteurs de production sont supposés être parfaitement mobiles;
- les droits de douane ou autres obstacles au commerce ne sont pas pris en compte ;
- une connaissance parfaite du marché est supposée de sorte que tous les acheteurs et les vendeurs savent où les marchandises les moins chères peuvent être trouvées au niveau international.

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