jeudi 2 juillet 2009

Qu’est-ce que la politique économique ?

La politique économique désigne l'ensemble des interventions des pouvoirs publics dans l'économie d'un pays en vue de l'orienter vers des objectifs précis au moyen d'instruments spécifiques. Les principaux objectifs de la politique économique sont la croissance, le plein-emploi, la stabilité des prix et l'équilibre des échanges extérieurs. Les instruments spécifiques de politique économique sont le budget, la régulation de la masse monétaire, l'action sur les taux d'intérêt et le taux de change, l'intervention sur la formation des revenus et sur la redistribution, et la réglementation.

Pour définir les objectifs de la politique économique, il est souvent fait référence au carré magique de l'économiste keynésien Nicholas Kaldor (1908-1988). Cette représentation graphique des objectifs de la politique économique résume la situation conjoncturelle d'un pays à partir de quatre indicateurs : le taux de croissance du PIB, le taux de chômage, le taux d'inflation (le taux de croissance des prix à la consommation) et le solde de la balance des transactions courantes (en pourcentage du PIB). Ces quatre indicateurs correspondent aux quatre objectifs fondamentaux des politiques économiques. La jonction des quatre points permet de montrer la situation économique idéale. Le carré est appelé magique car une telle situation d'équilibre est dans les faits quasiment impossibles à atteindre. En revanche, la distance des points par rapport au carré idéal permet d'apprécier le niveau de détérioration de la situation économique ou bien l'efficacité des politiques mises en œuvre.


Carré magique de Nicholas Kaldor (source : maxicours.com).

A partir de ce carré, on distingue deux relations importantes en macroéconomie : la relation entre l'inflation et le chômage, et la relation entre la croissance et le chômage. La relation entre l'inflation et le chômage est aussi connue sous le nom de courbe de Phillips. Cette courbe est révélatrice du dilemme des politiques économiques keynésiennes : la hausse de l'inflation permet de réduire le chômage, mais la lutte contre l'inflation entraîne une hausse du chômage. La relation entre la croissance et le chômage s'exprime ainsi : plus la croissance est forte et plus le chômage baisse.

L'interventionnisme public est un événement assez récent dans l'histoire économique. Il émerge au XIXe siècle dans l'Allemagne de Bismarck (création d'une assurance maladie obligatoire en 1883). Il est mis en place en Angleterre selon un autre modèle par Lord Beveridge (création de la sécurité sociale en 1942 selon trois principes : uniformité, unicité et universalité). Mais il est réellement systématisé qu'après la seconde guerre mondiale. Avant cela, l'interventionnisme est limité en vue du maintien de la concurrence pure et parfaite, ainsi que de l'exercice des fonctions régaliennes (défense, police, droit et monnaie) suivant en cela les recommandations de la doctrine libérale classique. C'est avec la révolution keynésienne que la politique de stabilisation conjoncturelle apparaît, et avec elle toute une série de nouvelles fonctions que doit assumer l'Etat.

Robert Musgrave, économiste américain, a défini le rôle de l'État à travers trois fonctions : la fonction d'allocation, la fonction de redistribution et la fonction de régulation. La fonction d'allocation couvre les investissements publics qui présentent une dimension stratégique en termes de croissance sur le long terme. La fonction de redistribution concerne la dimension sociale de la politique économique : au moyen de prélèvements obligatoires, l'Etat modifie la répartition primaire des revenus pour assurer une justice sociale. La fonction de régulation couvre les politiques économiques conjoncturelles visant à assurer la croissance et le plein-emploi, via une action par la monnaie ou le budget.

Dans les années 70, l'interventionnisme public est confronté à des changements majeurs dans l'économie. L'environnement économique devient de plus en plus incertain : ouverture des économies nationales, chocs pétroliers, arrivée de nouveaux pays industrialisés, passage des changes fixes à la flexibilité, rupture avec la courbe de Phillips (forte inflation combinée à une hausse du chômage). Les politiques de relance isolées ou de keynésianisme pratique, qui ont connu leur apogée dans les années 60, butent sur un nouvel écueil : la contrainte extérieure. Dans les années 80, l'échec de ces politiques ont conduit la plupart des gouvernants à mener des politiques macroéconomiques désinflationnistes (visant à lutter contre l'inflation et non contre le chômage).

La contrainte extérieure désigne l'influence des échanges extérieures qui dans un pays où l'économie est ouverte sont autant de limites aux marges de manœuvre de la politique économique. En d'autres termes, plus un pays est ouvert aux échanges commerciaux, aux flux de capitaux et son appareil de production inadapté face à ces échanges, et plus sa contrainte extérieure sera forte. Pour la France, la contrainte extérieure limitait une politique économique de relance puisqu'elle aboutissait au creusement du déficit extérieur. Elle nécessitait également un taux d'intérêt élevé pour éviter les fuites de capitaux et un taux d'inflation bas pour favoriser la compétitivité. Dans les années 90, dans le cadre du traité de Maastricht, la contrainte extérieure est aussi financière, puisqu'il s'agit d'éviter les déficits publics.

Dans les années 70, les pays européens réagissent isolément aux différents chocs extérieurs par la conduite de politiques de relance isolées. Ce fut notamment le cas en France sous Valéry Giscard d'Estaing de 1974 à 1976 (Jacques Chirac est alors premier ministre). Ces politiques nationales permettent d'augmenter la croissance, mais à cause de la contrainte extérieure, ne parviennent plus à lutter contre la spirale inflation-dévaluation et contre la montée du chômage. De 1978 à 1981, Raymond Barre, premier ministre de Giscard, conduit une politique de rigueur visant à maintenir un franc fort (conformément aux exigences du Système Monétaire Européen créé en 1978). Le chômage continue à augmenter. Dans ce contexte, en 1981, la gauche emmenée par François Mitterrand arrive au pouvoir. Conformément à ses engagements de lutter contre le chômage, il nomme comme premier ministre Pierre Mauroy qui a pour tâche de favoriser les conditions de la demande afin de relancer les créations d'emploi. Malgré un surplus de croissance, ni le chômage, ni l'inflation ne baissent alors que le solde des opérations courantes diminue gravement. Avec l'ouverture croissante de l'économie française aux échanges européens, toute politique de relance par la demande profite non plus seulement aux producteurs nationaux, mais à tous les producteurs étrangers qui vendent leurs produits en France (contrainte extérieure commerciale). En outre, la contrainte extérieure était d'autant plus forte que les pays européens menaient pour la plupart des politiques restrictives depuis 1978. Ce déphasage conjoncturel a amplifié le déficit extérieur français (contrainte extérieure conjoncturelle). En conséquence, à la fin des années 70 et au début des années 80 en France, une prise de conscience s'opère : la politique budgétaire n'a plus comme objectif la croissance interne, mais la lutte contre l'inflation.

En conclusion, les transformations actuelles de l'interventionnisme public ne signifient en aucune façon sa disparition. On constate simplement un changement de préoccupations : les objectifs de croissance et de plein-emploi ont laissé la place aux objectifs de stabilité des prix et d'équilibre extérieur. La lutte contre l'inflation a pour principal intérêt d'assurer une stabilité des changes et de rompre la spirale inflation-dévaluation.

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