dimanche 21 novembre 2010

Le socialisme


Le socialisme, en tant que système économique, désigne une étape intermédiaire entre le capitalisme et le communisme. Alors que le capitalisme repose sur la propriété privée des moyens de production, la logique de profit et la régulation par le marché, le communisme repose sur la mise en commun des moyens de productions (abolition de la propriété privée), la logique de partage et la régulation par la coopération. Entre ces deux systèmes économiques, le socialisme se présente sous des formes diverses : planification étatique, autogestion (Yougoslavie), socialisme de marché (Chine). En tant que doctrine politique, le socialisme s'oppose au libéralisme en défendant une intervention de l'Etat dans l'économie au nom de l'intérêt général, dans un souci de progrès social et de limiter les effets néfastes du libre jeu du marché.
Le socialisme résulte, selon Marx, d'une nécessité historique. L'analyse marxiste de la dynamique du capitalisme montre en effet que son fonctionnement génère des contradictions qui conduisent inéluctablement vers le socialisme, c'est-à-dire vers une remise en cause progressive de la propriété privée des moyens de production, de la seule logique du profit et de la domination du marché. Selon Marx, le capitalisme se caractérise par deux contradictions majeures :
  • la contradiction capital/travail : le développement du capital entraîne une multiplication du nombre de travailleurs qui, prenant conscience de leur intérêt de classe, entre en lutte contre la bourgeoisie qui se trouve de plus en plus isolée ;
  • la contradiction propriété privée/socialisation des forces productives : la socialisation des forces productives, c'est-à-dire l'augmentation de la taille des entreprises et l'interdépendance croissante des capitaux, favorise l'émergence d'une gestion collective, mais qui demeure contrariée par l'individualisation de la propriété privée.
D'après les analyses marxistes, les systèmes économiques socialistes sont le résultat du fonctionnement intrinsèque du capitalisme. Ainsi pour Marx, le socialisme ne devait se mettre en place que sur la base d'un important développement des forces du capitalisme, c'est-à-dire plutôt en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Or historiquement, c'est dans la Russie de 1917 que le socialisme plonge ses racines, pays encore peu industrialisé et fondé essentiellement sur l'agriculture. Il s'installe définitivement dans les années 1928-1929 avec la victoire politique de Staline. Le système économique alors mis en place repose sur :
  • la collectivisation des moyens de production ;
  • la gestion étatique par planification (l'Etat fixe à chaque unité de production, les quantités de biens à produire) ;
  • la fixation des prix par l'Etat.
Il se redouble d'un système politique autoritaire fondé sur le culte de la personnalité du chef, la mise en place d'un parti unique, d'une propagande intensive, d'un contrôle de la presse. Il permet ainsi de mobiliser la population au service des objectifs économiques.
Cette dérive totalitaire du socialisme ne lui est cependant pas intrinsèque. Dans Le socialisme (1897), Durkheim définit le socialisme ainsi : « toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d'entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société », c'est-à-dire comme la prise en charge de certaines fonctions économiques par le pouvoir politique. Cette définition couvre donc beaucoup de politiques possibles.
En Allemagne, la dimension politique du socialisme s'oriente par exemple davantage vers la doctrine social-démocrate. Le principal socle de cette doctrine est la proximité des partis politiques socialistes avec les organisations syndicales. Cette proximité conduit à la renonciation des idées de révolution violente (comme en Russie) et à la volonté de prendre le pouvoir par le biais des urnes dans l'objectif de réformer la société pacifiquement. Fondé en 1875, le parti socialiste allemand est le premier parti socialiste et le plus important d'Europe. Sa doctrine se trouve résumée dans le célèbre Programme de Gotha, texte programmatique dont le point de départ est une définition du travail comme source de toute richesse et dont le produit appartient à la société qui doit veiller à en affecter une partie aux besoins généraux et partager le reste équitablement (rôle appartenant à la classe ouvrière). L'objectif des socialistes est l'abolition de l'exploitation sous toutes ses formes, l'élimination de toute inégalité sociale et politique, la revendication du suffrage universel, la liberté de réunion et de presse, une justice et une éducation égales et gratuites, la séparation de l'Église et de l'État, l'impôt unique et progressif sur le revenu, l'interdiction du travail des femmes et des enfants et la mise en place d'une législation du travail. Marx rédige en réponse une Critique du programme de Gotha où il regrette l'écart du programme de Gotha avec les objectifs communistes de suppression de l'Etat, du salariat et de la monnaie. Ensuite le parti socialiste allemand ne cessera plus, jusqu'en 1959 lors du Congrès de Bad-Godesberg, d'osciller entre une perspective générale révolutionnaire et une volonté réformiste et démocratique. A partir de 1959, il s'éloigne cependant de son héritage marxiste et se proclame le « parti du peuple allemand ». La principale avancée du congrès de Bad Godesberg est la double reconnaissance d'une social-démocratie reposant sur un secteur étatique fort et d'une économie de marché censée l'encadrer. Le parti socialiste allemand préconise alors des politiques publiques d'inspiration keynésienne, qui recherchent le compromis entre les intérêts sectoriels des salariés (redistribution des richesses, politique de plein emploi, renforcement du rôle des syndicats) et l'intérêt de la nation tout entière (le maintien de la croissance économique).
Cet abandon des objectifs révolutionnaires du communisme par la plupart des doctrines politiques socialistes a conduit à un important débat dans les années 50-60 sur la convergence des systèmes économiques. Dans "Do Communist and Free Economies Show a Converging Pattern?" (1961), Jan Tinbergen considère que les systèmes économiques de l'Est et de l'Ouest ont tendance à converger vers un système optimal combinant marché et planification. Cette théorie de la convergence s'appuie sur deux observations : d'une part, l'intervention croissante de l'Etat dans les pays capitalistes ; d'autre part, le recours croissant au marché, au profit et au libre échange lors des réformes dans les pays de l'Est. Concrètement donc, les systèmes économiques n'apparaissent ni comme un capitalisme intégralement libéral, ni comme un socialisme intégralement étatisé. Les systèmes sociaux-démocrates mis en place en Scandinavie représentaient ainsi l'avant-garde d'un processus de convergence plus global des modèles soviétiques et anglo-saxons. La mise en place en Allemagne d'une économie sociale de marché s'inscrivait dans la perspective de cette troisième voie résumée par un slogan : autant de marché que possible, autant de planification que nécessaire.
Toutefois, depuis les années 80, le triomphe de capitalisme libéral tend à nuancer cette théorie de la convergence. Tout d'abord, l'effondrement des systèmes socialistes d'URSS et la conversion progressive de la Chine à l'économie de marché abondent davantage dans le sens d'une transition vers le capitalisme que vers une voie médiane social-démocrate. Pour Fukuyama, le capitalisme est le grand vainqueur de sa confrontation avec le socialisme soviétique : il n'existe ainsi plus d'alternative crédible au capitalisme, ce qui suggère l'idée d'« une fin de l'histoire ». Ensuite, le « tournant néo-libéral » étudié par Jobert dans les années 80 conduit à une nouvelle domination du référentiel de marché dans les politiques publiques. Ce phénomène se traduit par un désengagement de l'Etat, une accélération des privatisations, une plus grande libéralisation des marchés financiers, l'abandon de la planification indicative et une critique vigoureuse de l'Etat providence.
La crise de 2007-2008 repose cependant de manière brulante la question de l'avenir du socialisme. L'absence de régulation des marchés financiers à l'origine de la crise des subprimes prouve qu'un Etat faible est incapable d'assurer un bon fonctionnement de l'économie de marché. Le marché ne peut fonctionner de manière optimale ni sans un minimum de règles, ni sans encadrement social. La question de la bonne articulation entre marché et régulation semble donc loin d'être encore tranchée.

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