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vendredi 8 octobre 2010

L’industrie française

L'industrie en France occupe 13 % de la population active, soit un peu plus de 3,3 millions de personnes. Elle est marquée par un double repli : une diminution de l'emploi industriel (en 2000, l'industrie occupait 16 % de la population active) et une dégradation de ses performances relatives à celles de ses principaux partenaires économiques, au premier titre desquels il faut placer l'Allemagne. Le tissu industriel français se caractérise également par un éparpillement des entreprises de taille intermédiaire et un faible investissement dans la R&D privée.

Passant de 2000 à 2008 de 16 à 13 %, alors même que dans le même temps la population active était en augmentation de 6 %, la population active industrielle accuse un net recul en termes d'effectifs. Ce recul touche davantage la France que les autres pays européens puisqu'en dix ans, le ratio emploi industriel sur emploi total est en recul de 14 % dans l'Union européenne et en Allemagne, 12 % en Italie, alors qu'il est de 19 % en France. Cette diminution affecte tous les secteurs d'activité mais dans des proportions variables : les secteurs des biens de consommation (23 %), de l'automobile (16 %) et des biens intermédiaires (15 %) sont plus affectés que la moyenne, alors que les secteurs des biens d'équipement (8 %), de l'énergie (8 %) et de l'agroalimentaire (3 %) le sont plutôt moins. Une analyse plus fine permet néanmoins d'identifier un seul secteur créateur d'emploi : celui de la « pharmacie, parfumerie et entretien ».

En ce qui concerne les performances de l'industrie française, celles-ci accusent un net retard par rapport à ses principaux concurrents. Le secteur manufacturier en France représente environ 16 % de la valeur ajoutée, alors que la moyenne de la zone euro est de 22 % et le secteur manufacturier allemand représente 30 % de la valeur ajoutée produite par le pays. La croissance de la valeur ajoutée industrielle française est de 4 % depuis 2000, contre 14 % pour l'ensemble de l'économie nationale. Elle est inférieure à celle de la zone euro (13 %) et à celle de l'Allemagne (16 %). La France reste cependant le deuxième exportateur européen de produit manufacturé (derrière l'Allemagne) et le cinquième exportateur mondial. Ce sont les secteurs de l'automobile et des biens d'équipement qui sont particulièrement tournés vers les marchés extérieurs (la moitié de leur chiffre d'affaire est réalisé à l'exportation). Le secteur automobile réalisait d'importants excédents jusqu'à 2004, où il amorce une chute pour atteindre un solde négatif pour la première fois en 2008. La balance commerciale de l'industrie a connu de 2000 à 2006 des légers excédents, mais est déficitaire depuis 2007. Or depuis 2000, le solde de l'Allemagne sur les échanges de produits manufacturés ne cesse de s'améliorer et a même atteint en 2008 plus de 270 milliards d'euros. Le ratio exportations françaises/exportations allemandes est en nette baisse : les exportations françaises représentaient en 2000 un montant équivalant à 56 % des exportations allemandes, elles n'en représentent plus que 37 % en 2008.

L'un des problèmes structurels de l'industrie française est la faiblesse de la rentabilité de ses entreprises, ce qui limite leur possibilité d'accéder à des financements. Or ces financements sont essentiels pour permettre de développer de nouveaux projets et d'améliorer la compétitivité des industries.

En ce qui concerne l'investissement en R&D, il est courant de souligner la faiblesse des niveaux français rapportés aux niveaux étrangers. En 2006, la France a consacré à la R&D 1,9 % de son PIB (38 milliards de dollars), alors que l'Allemagne y consacre 2,4 % (67 milliards de dollars). La France se caractérise également par un niveau important de R&D publique et par un faible niveau de R&D privé. Par ailleurs, la croissance des dépenses en R&D de la France est inférieure aux moyennes mondiale et européenne en 2008. Dans le monde, ces dépenses ont augmenté de près de 7 % (dont 40 % en Chine, 8 % en Europe), alors qu'en France leur augmentation n'a été que de 0,7 %.

Dépenses de R&D par rapport au PIB (2006)

Japon

3,5

Etats-Unis

2,5

Allemagne

2,4

OCDE

2,1

France

1,9

Union européenne

1,7

Royaume-Uni

1,3


En revanche, si l'on fait porter l'analyse seulement sur les cinq branches industrielles les plus intenses en R&D (chimie, machines et équipements, machines électriques, TIC et transport), on constate que l'effort de R&D des entreprises de ces branches est plus important qu'en Allemagne et que dans la plupart des économies développées, ce qui traduit un effort de rattrapage de l'industrie française vis-à-vis de ses concurrents, du fait de son retard pris par sa spécialisation au départ dans des secteurs peu intensifs en R&D.

Il reste que la stagnation des dépenses de R&D des entreprises de manière globale a une incidence sur la capacité de la France à influencer les normes techniques internationales. Le niveau de prise de responsabilité de la France dans les travaux de normalisation internationale a ainsi régressé depuis 10 ans pour s'établir à la moitié de celle de l'Allemagne. La France accuse également un retard en termes de dépôts de brevets, même si elle reste le deuxième pays européen en la matière et le cinquième au niveau international. Le nombre de dépôts de demandes de brevet émanant des entreprises françaises a néanmoins augmenté de 1,6 % entre 2007 et 2008 pour s'établir à plus de 12 300. Enfin, la R&D est surtout destiné à l'industrie manufacturière (pour 85 %), quatre secteurs concentrent l'essentiel de cette ressource : l'automobile, la pharmacie, les matériels et composants électroniques et la construction aéronautique et spatiale.

La France compte peu de grandes entreprises dans les secteurs innovants en partie à cause de sa difficulté à faire grossir ses jeunes entreprises. Seul 10 % des 100 premières entreprises françaises ont moins de 30 ans, alors que cette proportion est de 40 % aux Etats-Unis. La France comporte trop d'entreprises et de trop petite taille, et le tissu industriel accuse un déficit d'entreprises de taille intermédiaire (ETI : entre 250 et 5000 salariés). Or ce sont justement ces entreprises qui font la force de l'industrie allemande parce qu'elles détiennent une taille suffisante pour innover et exporter (la proportion des ETI dans l'ensemble des entreprises de plus de 20 salariés est de 5,9 % en France contre 6,6 % en Allemagne et 7 % au Royaume-Uni). Les causes en sont multiples : un défaut de financement (déjà souligné, d'où la mise en place en 2005 d'Oséa, société chargée de proposer des financements aux PME), mais aussi une faiblesse des effets d'agglomération (d'où le lancement en 2004 des pôles de compétitivité pour former des clusters d'activité), des effets de seuils sociaux, ou encore une insuffisante culture technique.


Bibliographie


Diagnostic de l'industrie française de Jean-François Dehecq ― Rapport public du ministère en charge de l'industrie.

La politique industrielle

La politique industrielle désigne l'intervention publique en vue de développer le secteur industriel d'un pays. Elle vise principalement à stabiliser, voire à relancer en période de crise, l'industrie nationale. Elle peut prendre l'aspect de crédit d'impôt, de fonds d'investissement, d'une planification ou d'une organisation stratégique du tissu industriel.

L'intensité du recours à la politique industrielle par un Etat varie selon les époques. Dans les années 80 et 90, les politiques de privatisation et de dérégulation entraîne un abandon de la politique industrielle à la française (aussi appelé le colbertisme) caractérisée par la planification, l'intervention de l'Etat en matière de recherche, de commandes publiques et d'entreprises publiques. Avec la crise, on peut néanmoins noter un certain retour de la politique industrielle, déjà amorcée dans les années 2000, du fait de l'accroissement de la concurrence mondiale, des menaces de délocalisations ou de désindustrialisation et la faiblesse de l'innovation dans les secteurs de haute technologie.

Entre 1980 et 2003, le secteur industriel français a perdu 36 % de ses effectifs, soit 1,9 millions d'emplois, et il ne contribue plus qu'à 14 % en 2007 au lieu de 24 % en 1980. En outre, le rapport Beffa (2004) intitulé « Pour une nouvelle politique industrielle » (Jean-Louis Beffa est Président de Saint-Gobain) révèle un décrochage de la France par rapport aux grands pays à partir du début des années 90 pour ce qui est de l'effort en Recherche et Développement privé. La France consacre en effet seulement 1,9 % de son PIB à la recherche et à l'innovation contre 2,7 % pour les Etats-Unis et 3 % pour le Japon. Les dépôts de brevets sont également en baisse dans les secteurs de haute technologie (pharmacie et biotechnologies, micro-électronique). Enfin, alors que l'Allemagne enregistre un excédent continu de son commerce extérieur, la France ne cesse de perdre des parts de marché à l'exportation pour les produits à haute valeur ajoutée.

Préserver un avantage comparatif dans les secteurs industriels à haute valeur ajoutée a pour intérêt d'éviter qu'un pays ne soit trop dépendant du cours très fluctuant du prix des matières premières. Dans "Where Ricardo and Mill Rebut and Confirm Arguments of Mainstream Economists Supporting Globalization" (2004), Paul Samuelson met en évidence le fait que le commerce international n'est pas toujours plus avantageux que le protectionnisme. Si l'on reprend la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, et deux pays : la Chine qui dispose d'un avantage comparatif en agriculture et les Etats-Unis qui en ont un dans les hautes technologies, on devrait être conduit à penser que la Chine a intérêt à se spécialiser dans la production agricole. Or non seulement il existe un aléa fort sur le prix des matières premières agricoles, ce qui rendrait la Chine très dépendante de l'évolution des cours, mais en plus certains pays continuent à maintenir une production agricole pour des questions d'indépendance nationale, ce qui fausse les cours. Ainsi dans le cas étudié par Paul Samuelson, les deux pays ne sont pas forcément gagnant au commerce international et à la spécialisation dans la production d'un bien.

En 2005, quatre grands dispositifs de politique industrielle ont été mis en place :

  • la société anonyme Oséo intervient dans trois domaines principaux : le soutien à l'innovation, au financement et à l'information des PME ;
  • l'Agence nationale de la recherche (ANR) est chargée de soutenir les recherches fondamentales et appliquées et de contribuer au transfert des résultats de la recherche publique vers les entreprises ;
  • l'Agence pour l'innovation industrielle (AII) prend acte du constat du rapport Beffa de 2004 sur la trop grande concentration de l'effet de R&D sur des secteurs de faible technologie et très concurrencés, et a donc pour objectif de réorienter l'industrie vers les hautes technologies en lançant de grands programmes pilotés par les grandes entreprises et associant de nombreuses petites et moyennes entreprises et laboratoires de recherche (automobile propre, mobile 4G, TGV nouvelle génération). L'Agence, dotée d'un milliard d'euros lors de sa création, a pour mission de susciter, de sélectionner et de financer ces grands programmes d'innovation industrielle.
  • les pôles de compétitivité, lancés en 2004 mais actés en 2005, sont des zones géographiques à l'intérieur desquelles se trouvent des entreprises, des centres de formation et de recherche engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets innovants. On en compte actuellement 71 répartis sur tout le territoire. L'Etat a consacré à ce dispositif 1,5 milliards d'euros de 2005 à 2008, et après une évaluation positive menée en 2008 par le Boston Consulting Group, il a à nouveau consacré 1,5 milliards d'euros pour la période 2009-2011. A noter toutefois que les économistes Gilles Duranton, Philippe Martin, Thierry Mayer et Florian Mayneris (dans Les pôles de compétitivité. Que peut-on en attendre ?, 2008) soulignent que ces politiques entraînent une forte spécialisation des régions et les rendent très dépendantes d'un seul secteur.

Avec la crise, on note toutefois un certain retour de la politique industrielle via trois grands dispositifs :

  • le Grand emprunt : résultat de la mission Juppé-Rocard, il a été annoncé en 2009 et s'élève à 22 milliards d'euros. L'une des destinations phare de cet emprunt national est l'enseignement supérieur et la formation (11 milliards d'euros), l'objectif étant de faire émerger des laboratoires et des campus d'excellence ayant une visibilité au niveau mondial. Un montant de 2 milliards d'euros est consacré à la filière aéronautique et spatiale française avec en ligne de mire la réalisation d'Ariane 6 et d'un avion plus propre. Oséo reçoit 1,5 milliards du Grand emprunt afin de dynamiser l'innovation et les fonds propres des PME. Plusieurs millions d'euros sont également consacrés au développement de la voiture électrique (900 millions pour le financement d'infrastructures de rechargement) et l'Etat s'est engagé à acheter 50 000 voitures électriques ;
  • le Fonds stratégique d'investissement (FSI) : créé en 2008 et doté de 20 milliards d'euros, ce fonds vise à protéger les entreprises françaises jugées stratégiques des capitaux étrangers. Il est aussi intervenu pour sauver des entreprises en difficulté. Il a pris des participations dans Gemalto (carte à puce), Valeo (automobile) ou Nexans (câble) ;
  • le Crédit d'impôt recherche (CIR) : depuis 2003 et surtout depuis son déplafonnement en 2008, les efforts de R&D des entreprises donnent droit grâce à d'importantes réductions d'impôt sur les bénéfices. Cette mesure, coûteuse (elle représente 5,8 milliards d'euros d'exonération en 2009) n'est pas forcément efficace puisque ce sont les grands groupes qui en sont les principaux bénéficiaires et que les dépenses globales de R&D des entreprises françaises continuent de diminuer.

Le risque des grands programmes est d'orienter l'industrie dans des impasses technologiques et commerciales. Aussi si le soutien aux secteurs industriels est un moyen de réduire le chômage et de renforcer la compétitivité nationale, son recours doit rester parcimonieux. Il est préférable en effet pour les Etats de suivre les tendances du marché plutôt que de vouloir jouer les précurseurs. En outre, si la politique industrielle n'est pas orientée vers les avantages comparatifs traditionnels du pays en question, ses chances de succès sont limitées. Il reste que la politique industrielle n'est pas un phénomène seulement français, mais s'observe dans tous les pays industrialisés (les Etats-Unis ont par exemple injecté des milliards pour sauver General Motors et dans la construction de trains à grande vitesse), et constitue un vecteur de compétitivité dans un monde globalisé.


Bibliographie

mardi 12 mai 2009

La concurrence

En tant qu'objet économique, la concurrence peut renvoyer à deux dimensions : la concurrence des producteurs et la concurrence des capitaux. On doit cette dichotomie aux théoriciens de l'économie industrielle (Joe Bain, Jean Tirole). Selon eux, la concurrence des producteurs désigne des affrontements entre les entreprises qui fabriquent des marchandises ou des services identiques et qui s'affrontent pour accroître leurs parts de marché. Dans le cadre de cette concurrence, les outils utilisés sont la fixation des prix, la détermination des quantités produites, la différenciation des produits (packaging, images, marques, etc.) ou la caractérisation de leur qualité. En revanche, la concurrence des capitaux désignent les affrontements d'entreprises en changeant de branche d'activités, en se diversifiant ou en se repositionnant sur les secteurs qu'elles maîtrisent le mieux. A ces deux types de concurrence, correspond deux types de marchés. Par conséquent, le marché ou la concurrence n'existe pas de manière unique ou homogène, il faut donc en parler au pluriel ou bien la rattacher à une dimension précise.

Une entreprise se trouve avoir affaire à deux mondes différents : le monde du produit ou du service (avec ses parts de marché, ses prix, ses quantités, sa qualité) et le monde du capital (avec ses financements, ses déplacements de capitaux, ses stratégies financières). De ces deux univers, il découle deux types de concurrence : une concurrence intrabranche où un seul marché est concerné étant donné que l'opposition entre les entreprises se fait sur un même produit et une concurrence interbranche où un ensemble de marchés est concerné puisque elle repose sur les flux de capitaux et d'investissement entre des acticités différentes.

La concurrence intrabranche passe par deux domaines : le domaine des marchés et des produits/services et le domaine des conditions de production. Pour établir sa stratégie, une entreprise doit tout d'abord se référer à son marché et ce afin d'identifier les lieux de vente, réduire ses prix et diversifier son produit pour prendre de nouvelles parts de marché. Mais elle doit aussi réfléchir aux conditions de production : essayer d'améliorer la qualité de son produit, tenter de réduire ses coûts de fabrication et aller vers une augmentation de sa production pour réduire les coûts.

La concurrence interbranche passe également par deux domaines : le domaine touchant les conditions d'entrée et un domaine touchant les conditions de sortie. Loin de la conception classique posant les entreprises dans une logique de concurrence pure et parfaite, les théoriciens de l'économie industrielle parte de l'idée d'une concurrence imparfaite : les entreprises n'ont pas d'information parfaite des conditions du marché et peuvent l'influencer. Comme elles sont des acteurs qui défendent des intérêts et qui s'opposent les uns aux autres, elles mettent en place des barrières qui viennent gêner la concurrence. Ainsi une entreprise qui souhaite se mouvoir entre différentes branches pour augmenter son profit ou pour limiter ses pertes va se trouver confronter à des obstacles qui vont compliquer sa mobilité. D'une part, elle va se confronter à des barrières à l'entrée, barrières qui peuvent être juridiques (brevets, licences, franchises, etc.), de « savoir-faire » (acquérir un brevet si l'on n'a pas les connaissances informelles suffisantes pour l'exploiter ne sert à rien), ou encore financières (il est impossible de pénétrer un marché compte tenu de la taille des entreprises concurrentes sans avoir au préalable une entreprise de taille critique). On peut donner plusieurs exemples : Polaroïd, entreprise moyenne, est parvenue grâce à un brevet, à rester dominante sur le marché de la photographie instantanée. De même, investir dans le secteur de l'eau nécessite d'avoir déjà une certaine taille pour pouvoir espérer avec les grands comme Suez. D'autre part, il existe des barrières à la sortie : pour redéployer leurs capitaux, les entreprises doivent au préalables convertir leurs investissements en capitaux, ce qui suppose de trouver un acteur spécifique acceptant de racheter des investissements moins rentables (l'Etat, ou rachat par les salariés eux-mêmes), et/ou une dévalorisation des actifs vendus.

lundi 11 mai 2009

Qu’est-ce que le marché ?

La notion de marché est une notion polysémique délicate à analyser car elle présente une dimension affective profonde. Pour l'angle qui nous intéresse, l'économie d'entreprise, nous adopterons une définition qui prend le point de vue de l'entreprise : le marché est un lieu où s'échangent des biens et des services pour une fonction donnée, dans un espace défini et selon une structure précise. Il faut donc dissiper un malentendu : le marché entendu comme entité abstraite n'existe pas. Il recoupe plusieurs types de marché dont il faut étudier les caractéristiques.

Si l'on centre notre analyse sur les marchés de l'entreprise, la spécificité d'un marché va être définie en fonction de l'opération que l'entreprise doit y effectuer. Par exemple, l'entreprise va chercher des financements sur les marchés des capitaux et les marchés financiers. Pour sa production de biens et services, elle va acheter ses matières premières sur les marchés des biens intermédiaires, ses machines sur les marchés des biens de production, ses bâtiments sur les marchés immobiliers et sa main d'œuvre sur les marchés du travail. Elle va commercialiser sa production sur les marchés des biens et services. Quant à sa gestion, il existe également d'autres marchés annexes qui fournissent la formation, la santé, la publicité, le conseil ou l'audit.

Concernant les espaces des marchés, il faut distinguer le marché interne de l'entreprise qui rassemble tous les mouvements de personnels (changements de postes, création de filiales, etc.) de son marché externe qui suit des dimensions géographiques (local, régional, national, communautaire et international). Cette spatialisation peut s'appliquer aux différents marchés que nous avons vus : marchés financiers, de biens intermédiaires, du travail. On remarque cependant quelques tendances : les marchés des biens d'équipement sont internationaux (certains pays ne produisant pas de machines), tout comme les marchés des matières premières et des produits semi-finis. En revanche, les marchés immobiliers sont locaux et régionaux, puisque leur mode de fonctionnement dépend moins de l'entreprise que de la fiscalité locale et des subventions distribuées par les collectivités locales.

Enfin les structures des marchés dépendent des forces concurrentielles qui sont à l'œuvre sur leur espace. En 1933, Joan Robinson montre dans The Economics of imperfect competition que les stratégies d'entreprise ne vont pas le sens d'une concurrence pure et parfaite, il s'agit plutôt d'une situation limite. En revanche, le monopole, considéré par les théoriciens néo-classiques comme un cas aberrant, correspond à la vie économique réelle. Or en concurrence pure, le produit d'une entreprise est identique à celui des concurrents, la substituabilité est donc supposée totale. Mais que se passe-t-il en réalité ? Les stratégies des entreprises par le biais du marketing et de la publicité cherchent à orienter le choix du consommateur sur des bases totalement subjectives. Ainsi dans certains secteurs comme celui des boissons sans alcool, un petit nombre d'entreprises (Coca-Cola et Pepsi) sont en position dominante sur un même marché et avec des produits semblables (même composition), mais pas identiques (ces deux marquent ne valorisent pas leur image de la même façon). La substituabilité entre les deux produits est nulle, on se retrouve donc en situation des de monopole strict, puisque le produit ne peut être remplacé par aucun autre.

Ces observations conduisent à reléguer le mythe de la concurrence pure et parfaite au niveau d'une hypothèse logique dans le cadre de l'élaboration d'un modèle axiomatique. Si l'on doit donc réaliser une typologie des structures des marchés, il faut étudier les caractéristiques de l'entreprise et de ses produits, et ne pas s'en remettre à ce modèle théorique. Ainsi on distingue quatre grandes variables pertinentes pour l'étude des structures de marchés : la taille de l'entreprise (grands groupes/petites firmes), la phase des biens et services échangés (nouveauté, maturité, déclin), le pouvoir d'achat des consommateurs du pays de commercialisation (émergent, stable, déclinant) et le pouvoir de vente de l'entreprise (price taker/price maker).

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