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dimanche 21 novembre 2010

Le socialisme


Le socialisme, en tant que système économique, désigne une étape intermédiaire entre le capitalisme et le communisme. Alors que le capitalisme repose sur la propriété privée des moyens de production, la logique de profit et la régulation par le marché, le communisme repose sur la mise en commun des moyens de productions (abolition de la propriété privée), la logique de partage et la régulation par la coopération. Entre ces deux systèmes économiques, le socialisme se présente sous des formes diverses : planification étatique, autogestion (Yougoslavie), socialisme de marché (Chine). En tant que doctrine politique, le socialisme s'oppose au libéralisme en défendant une intervention de l'Etat dans l'économie au nom de l'intérêt général, dans un souci de progrès social et de limiter les effets néfastes du libre jeu du marché.
Le socialisme résulte, selon Marx, d'une nécessité historique. L'analyse marxiste de la dynamique du capitalisme montre en effet que son fonctionnement génère des contradictions qui conduisent inéluctablement vers le socialisme, c'est-à-dire vers une remise en cause progressive de la propriété privée des moyens de production, de la seule logique du profit et de la domination du marché. Selon Marx, le capitalisme se caractérise par deux contradictions majeures :
  • la contradiction capital/travail : le développement du capital entraîne une multiplication du nombre de travailleurs qui, prenant conscience de leur intérêt de classe, entre en lutte contre la bourgeoisie qui se trouve de plus en plus isolée ;
  • la contradiction propriété privée/socialisation des forces productives : la socialisation des forces productives, c'est-à-dire l'augmentation de la taille des entreprises et l'interdépendance croissante des capitaux, favorise l'émergence d'une gestion collective, mais qui demeure contrariée par l'individualisation de la propriété privée.
D'après les analyses marxistes, les systèmes économiques socialistes sont le résultat du fonctionnement intrinsèque du capitalisme. Ainsi pour Marx, le socialisme ne devait se mettre en place que sur la base d'un important développement des forces du capitalisme, c'est-à-dire plutôt en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Or historiquement, c'est dans la Russie de 1917 que le socialisme plonge ses racines, pays encore peu industrialisé et fondé essentiellement sur l'agriculture. Il s'installe définitivement dans les années 1928-1929 avec la victoire politique de Staline. Le système économique alors mis en place repose sur :
  • la collectivisation des moyens de production ;
  • la gestion étatique par planification (l'Etat fixe à chaque unité de production, les quantités de biens à produire) ;
  • la fixation des prix par l'Etat.
Il se redouble d'un système politique autoritaire fondé sur le culte de la personnalité du chef, la mise en place d'un parti unique, d'une propagande intensive, d'un contrôle de la presse. Il permet ainsi de mobiliser la population au service des objectifs économiques.
Cette dérive totalitaire du socialisme ne lui est cependant pas intrinsèque. Dans Le socialisme (1897), Durkheim définit le socialisme ainsi : « toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d'entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société », c'est-à-dire comme la prise en charge de certaines fonctions économiques par le pouvoir politique. Cette définition couvre donc beaucoup de politiques possibles.
En Allemagne, la dimension politique du socialisme s'oriente par exemple davantage vers la doctrine social-démocrate. Le principal socle de cette doctrine est la proximité des partis politiques socialistes avec les organisations syndicales. Cette proximité conduit à la renonciation des idées de révolution violente (comme en Russie) et à la volonté de prendre le pouvoir par le biais des urnes dans l'objectif de réformer la société pacifiquement. Fondé en 1875, le parti socialiste allemand est le premier parti socialiste et le plus important d'Europe. Sa doctrine se trouve résumée dans le célèbre Programme de Gotha, texte programmatique dont le point de départ est une définition du travail comme source de toute richesse et dont le produit appartient à la société qui doit veiller à en affecter une partie aux besoins généraux et partager le reste équitablement (rôle appartenant à la classe ouvrière). L'objectif des socialistes est l'abolition de l'exploitation sous toutes ses formes, l'élimination de toute inégalité sociale et politique, la revendication du suffrage universel, la liberté de réunion et de presse, une justice et une éducation égales et gratuites, la séparation de l'Église et de l'État, l'impôt unique et progressif sur le revenu, l'interdiction du travail des femmes et des enfants et la mise en place d'une législation du travail. Marx rédige en réponse une Critique du programme de Gotha où il regrette l'écart du programme de Gotha avec les objectifs communistes de suppression de l'Etat, du salariat et de la monnaie. Ensuite le parti socialiste allemand ne cessera plus, jusqu'en 1959 lors du Congrès de Bad-Godesberg, d'osciller entre une perspective générale révolutionnaire et une volonté réformiste et démocratique. A partir de 1959, il s'éloigne cependant de son héritage marxiste et se proclame le « parti du peuple allemand ». La principale avancée du congrès de Bad Godesberg est la double reconnaissance d'une social-démocratie reposant sur un secteur étatique fort et d'une économie de marché censée l'encadrer. Le parti socialiste allemand préconise alors des politiques publiques d'inspiration keynésienne, qui recherchent le compromis entre les intérêts sectoriels des salariés (redistribution des richesses, politique de plein emploi, renforcement du rôle des syndicats) et l'intérêt de la nation tout entière (le maintien de la croissance économique).
Cet abandon des objectifs révolutionnaires du communisme par la plupart des doctrines politiques socialistes a conduit à un important débat dans les années 50-60 sur la convergence des systèmes économiques. Dans "Do Communist and Free Economies Show a Converging Pattern?" (1961), Jan Tinbergen considère que les systèmes économiques de l'Est et de l'Ouest ont tendance à converger vers un système optimal combinant marché et planification. Cette théorie de la convergence s'appuie sur deux observations : d'une part, l'intervention croissante de l'Etat dans les pays capitalistes ; d'autre part, le recours croissant au marché, au profit et au libre échange lors des réformes dans les pays de l'Est. Concrètement donc, les systèmes économiques n'apparaissent ni comme un capitalisme intégralement libéral, ni comme un socialisme intégralement étatisé. Les systèmes sociaux-démocrates mis en place en Scandinavie représentaient ainsi l'avant-garde d'un processus de convergence plus global des modèles soviétiques et anglo-saxons. La mise en place en Allemagne d'une économie sociale de marché s'inscrivait dans la perspective de cette troisième voie résumée par un slogan : autant de marché que possible, autant de planification que nécessaire.
Toutefois, depuis les années 80, le triomphe de capitalisme libéral tend à nuancer cette théorie de la convergence. Tout d'abord, l'effondrement des systèmes socialistes d'URSS et la conversion progressive de la Chine à l'économie de marché abondent davantage dans le sens d'une transition vers le capitalisme que vers une voie médiane social-démocrate. Pour Fukuyama, le capitalisme est le grand vainqueur de sa confrontation avec le socialisme soviétique : il n'existe ainsi plus d'alternative crédible au capitalisme, ce qui suggère l'idée d'« une fin de l'histoire ». Ensuite, le « tournant néo-libéral » étudié par Jobert dans les années 80 conduit à une nouvelle domination du référentiel de marché dans les politiques publiques. Ce phénomène se traduit par un désengagement de l'Etat, une accélération des privatisations, une plus grande libéralisation des marchés financiers, l'abandon de la planification indicative et une critique vigoureuse de l'Etat providence.
La crise de 2007-2008 repose cependant de manière brulante la question de l'avenir du socialisme. L'absence de régulation des marchés financiers à l'origine de la crise des subprimes prouve qu'un Etat faible est incapable d'assurer un bon fonctionnement de l'économie de marché. Le marché ne peut fonctionner de manière optimale ni sans un minimum de règles, ni sans encadrement social. La question de la bonne articulation entre marché et régulation semble donc loin d'être encore tranchée.

Le capitalisme

Le capitalisme désigne un système socio-économique qui conduit à la mise en valeur du capital dans l'activité de production. Le capital, source de revenu, est alors distingué du travail qui permet de le mettre en valeur.

Plusieurs définitions du capitalisme sont possibles. Mais selon Karl Marx, son principal théoricien, le capitalisme se caractérise essentiellement par un mode de production où le travail est transformé en marchandise. Le capitaliste qui contrôle les moyens de production exploite, par ce biais, les travailleurs qui sont contraints de lui vendre leur force pour subsister. Le rapport social fondamental de ce système économique est donc le salariat, c'est-à-dire l'obligation pour une partie de la population (les prolétaires) de vendre leur force en échange d'un salaire représentant le prix payé par le capitaliste sur le marché du travail. D'après Marx, ce mode de production est menacé à long terme par les contradictions qu'il soulève, mais depuis l'effondrement de l'URSS, le capitalisme est généralement considéré comme le seul système d'organisation économique viable.

Au niveau de l'évolution historique du capitalisme, Marx estime que ce mode de production s'impose à partir de la fin du XVIIIe siècle à travers l'accumulation primitive du capital, de manière concomitante au développement de l'industrie. Dans La grande transformation (1944), Karl Polanyi s'intéresse davantage au moment où la logique marchande s'impose véritablement dans la gestion des relations de travail. Il en fixe l'origine au XIXe siècle, et plus précisément au moment de l'abrogation de l'Acte de Speenhamland en 1834 (acte qui prévoyait un impôt pour venir en aide aux pauvres). Cette abrogation a pour conséquence de précipiter des centaines de milliers d'individus sur le marché du travail industriel en Grande-Bretagne. Jusqu'à la Première guerre mondiale, l'économie de marché domine grâce à un processus de « désencastrement » de l'économie par rapport aux domaines politiques, sociaux ou religieux. Cet empire exclusif du marché fragilise le lien social, ce qui entraîne une série de crises politiques majeures, et aboutit à ce que Polanyi appelle « la grande transformation », c'est-à-dire l'ouverture d'une période dans laquelle les forces du marché sont en partie placées sous le contrôle de l'Etat (mise en place d'un droit du travail, développement de la protection sociale, etc.). Ainsi pour Polanyi, s'en remettre seulement au marché pour diriger le sort des êtres humains conduit à la destruction de la société : il n'apparaît comme forme dominante de régulation que dans une période historique bien déterminée. L'évolution de la société vers un socialisme démocratique lui semble donc inéluctable.

L'étude du capitalisme dans ses formes concrètes amène néanmoins à nuancer cette approche univoque de l'évolution du capitalisme et à constater une certaine diversité des capitalismes.

Dans Capitalisme contre capitalisme (1991), Michel Albert oppose deux modèles de capitalisme :
  • le modèle anglo-saxon : le marché joue un rôle important et la rentabilité à court terme est privilégiée ;
  • le modèle rhénan : l'Etat est plus actif que dans le modèle précédent, les banques et les groupes industriels inscrivent leurs stratégies dans le long terme et dans la recherche d'une certaine cohésion sociale.

Dans Varieties of Capitalism (2001), Peter
Hall et David Soskice développent une approche centrée sur la firme qui les amène à distinguer deux sortes de recours au marché :

  • le capitalisme libéral : les firmes dépendent principalement des marchés financiers pour les capitaux et elles ont une vision à court terme du retour sur investissement du fait d'une grande dispersion de l'actionnariat ; le pilotage de la firme est influencé plutôt par les valeurs des share holders (les actionnaires) ; le pouvoir des syndicats est limité ; l'Etat joue un rôle libéral de préservation du marché ; les emplois sont peu protégées et précaires ; la formation et l'apprentissage restent à la charge des individus ;
  • le capitalisme coordonné : les firmes sont moins exposées aux pressions des marchés financiers et adoptent une vision à long terme du retour sur investissement du fait d'une plus grande concentration de l'actionnariat dans les mains d'acteurs stratégiques ; le pilotage de la firme est influencé par les valeurs des stake holders (ceux qui prennent part à l'activité de la firme) ; l'Etat facilite la collaboration entre les firmes ainsi qu'entre les salariés et l'encadrement ; l'emploi est mieux protégé ; l'Etat investit dans la formation professionnelle continue.

Ces éléments confèrent différents avantages à leur économie de marché. Les économies libérales sont plus réactives au changement des conditions de marché. Elles présentent des avantages comparatifs dans les secteurs où l'innovation joue un rôle clef (nouvelle économie, services financiers, biotechnologie) ainsi que dans les industries et services à faible valeur ajoutée (travailleurs peu payés, peu formés, peu qualifiés). Quant aux économies coordonnées, elles présentent des avantages dans les secteurs à haute valeur ajoutée qui nécessitent des environnements plus stables et des investissements à plus long terme.

Afin de prendre en compte le cas de pays où l'Etat joue un rôle important dans l'économie, Vivien Schmidt propose une analyse davantage centrée sur la variable institutionnelle des différents capitalismes. Dans The Futures of European Capitalism (2002), elle distingue ainsi trois sortes de capitalismes (les deux premières reprennent les travaux d'Hall et Soskice) :

  • le capitalisme de marché (Etats-Unis et Royaume-Uni) : les marchés financiers sont les véritables pilotes des stratégies d'entreprise ;
  • le capitalisme dirigé (Allemagne, Autriche, Suède) : la direction de l'entreprise, les relations en réseau (fournisseurs, sous-traitants et clients), et les employés exercent une véritable contrainte sur le pilotage stratégique de l'entreprise ;
  • le capitalisme d'Etat (France, Italie) : l'Etat intervient dans ces pays de manière stratégique (cette intervention s'inscrit dans une trajectoire historique puisque dans l'après guerre, c'était lui qui se chargeait d'organiser les relations entre entreprises ou d'intervenir directement de l'économie, puis a progressivement abandonné ce rôle de premier plan pour adopter un rôle incitateur plus orienté vers le marché).

Cette forte intervention de l'Etat permet notamment à l'économie française d'être performante dans les secteurs des télécommunications, de l'électricité, du transport ferroviaire et de l'aérospatiale (c'est-à-dire les grands projets nécessitant un investissement massif et de longue durée).

Dans la même optique institutionnaliste, Bruno Amable dans Les cinq capitalismes (2005) construit une typologie à partir des secteurs institutionnels fondamentaux des économies capitalistes. A partir d'une analyse comparative d'une vingtaine de pays de l'OCDE de cinq secteurs institutionnels (concurrence sur le marché des biens, niveau de déréglementation des marchés du travail, caractéristiques des marchés financiers, degré de protection sociale, système éducatif), il dégage différentes complémentarités institutionnelles et distingue cinq formes de capitalisme :

  • le modèle fondé sur le marché (Etats-Unis, Australie, Canada, Royaume-Uni) ;
  • le modèle social-démocrate (Danemark, Finlande, Suède) ;
  • le modèle européen continental (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Norvège) ;
  • le modèle méditerranéen (Grèce, Italie, Portugal, Espagne) ;
  • le modèle asiatique (Japon, Corée du sud).

Toutes ces typologies apportent une compréhension plus fine de la manière dont s'organise la régulation du capitalisme. Elles peuvent cependant être relativisées par l'effet de la globalisation financière qui tend à imposer, dans tous les pays capitalistes, une même logique actionnariale centrée sur la production de valeur pour l'actionnaire. Dans Le Nouvel esprit du capitalisme (1999), Luc Boltanski et Eve Chiapello montrent en effet que c'est l'esprit du capitalisme d'inspiration libérale qui se diffuse dans le monde entier via l'enseignement des business schools plutôt que le capitalisme d'inspiration social-démocrate, ce qui traduirait à terme, une possible victoire du modèle anglo-saxon sur le modèle rhénan.

mardi 5 octobre 2010

La dette publique de la France

La dette publique désigne l’ensemble des engagements financiers pris par la puissance publique (l'État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement comme certaines entreprises publiques ou encore les organismes de sécurité sociale, etc.). Elle résulte de l’accumulation des déficits publics, c’est-à-dire de l’accumulation des résultats négatifs issus de la différence entre les recettes et les charges des administrations publiques. Si la dette prend le plus souvent la forme d'emprunts d'État, certains pays moins fiables au regard des marchés financiers peuvent avoir recours aux banques commerciales ou à des institutions internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Banques régionales de développement). La capacité d’un pays à pouvoir honorer ses dettes fait l’objet d’une évaluation par les agences de notation financière et détermine le coût du recours à l’emprunt.

La dette publique française au sens de Maastricht s’élève en 2009 à 1 489 Mds d’euros. Elle représente 78 % du PIB (contre 67 % en 2008). Un tel niveau n’a jamais été atteint depuis 1945. Il est dû principalement au recours aux déficits publics pour mettre en œuvre une politique de relance. Le plan de relance décidé par Nicolas Sarkozy en 2008 prévoyait ainsi un budget de 26 Mds d’euros, mais le coût total du plan sur 2008-2010 a été de 34 Mds d'euros selon la Commission des finances de l'Assemblée nationale, notamment du fait du renfort apporté par d'autres mesures telles que les prêts consentis à des constructeurs automobiles ou les aides aux ménages les plus touchés par la crise. Le financement de ce plan explique en partie le deficit public de 8,3% du PIB annoncé pour 2009.

Bien que l’ensemble des économistes salue l’intervention des Etats dans l’économie en période de crise, une dette trop élevée conduit à un risque d'effet boule de neige. Celui-ci se produit lorsque la dette engendre de la dette : plus la dette augmente, plus les charges d’intérêt de la dette augmentent et donc plus le déficit est important. Les administrations publiques doivent alors s’endetter et la dette augmente de nouveau, ce qui constitue un cercle vicieux.

Dans son rapport annuel publié le 9 février 2010, la Cour des comptes estime que la dette pourrait atteindre 100% du PIB en 2012, sa charge coûter 10 % des recettes des prélèvements obligatoires, soit 90 Mds d’euros. Au-delà de ce seuil de 10 %, il existe, selon elle, un risque sérieux de dégradation de la notation de la dette souveraine. Elle souligne également la persistance d’un déficit structurel de 4 % qui se serait même dégradé entre 2008 et 2009 de 0,6 points. La Cour estime que la hausse de la dette est imputable à une maîtrise insuffisante des dépenses et à une baisse pérenne des impôts (diminution de la TVA dans la restauration par exemple). Elle préconise ainsi l’engagement de réformes structurelles : la poursuite de la réforme de l’Etat en vue d’une plus grande maîtrise des dépenses et la sécurisation des recettes via une réduction rigoureuse des dépenses fiscales et des niches sociales, ainsi qu’une hausse des prélèvements sociaux pour financer la dette sociale.

La dette publique au sens de Maastricht est inférieure de 350 Mds d’euros à la dette au sens des comptes nationaux financiers. Son avantage est de rendre possible les comparaisons au sein de l’Union européenne. La dette publique au sens de Maastricht :
  • exclut certains types de dette, essentiellement les crédits commerciaux et autres délais de paiement (188 Mds €) ;
  • est consolidée : les dettes dont le créancier appartient au champ des administrations publiques sont exclues (92 Mds €) ;
  • est évaluée en valeur nominale, c’est-à-dire à la valeur de remboursement effective et non à la valeur de marché comme cela se fait dans les comptes nationaux. La valeur nominale est inférieure de 73 Mds € à la valeur de marché.
A titre de comparaison, dans l’ensemble de l’Union européenne à 27, la dette des administrations publiques atteint 73,6 % du PIB de l’Union, en augmentation de 12 points par rapport à 2008 et dans la zone euro, le ratio d’endettement s’établit à 78,7 %, contre 69,4 % fin 2008.

En France, la dette publique se ventile entre quatre sous secteurs d’administration publique (APU) : celui de l’Etat, celui des Organismes divers d’administration centrale (ODAC – parmi lesquels on compte des agences, des musées, des écoles nationales, etc.), celui des administrations publiques locales (APUL), et les administrations de sécurité sociale (ASSO).

1/ La dette publique de l’Etat s’établit à 1 160 Mds d'euros. L’Etat finance principalement sa dette en recourant aux obligations assimilables du Trésor (OAT) et aux Bons du Trésor à intérêts annuels (BTAN). Ces obligations constituent 80 % de la dette de l’État. L’encours de titres à court terme de l’État continue d’augmenter fortement et représente désormais 18 % de sa dette, contre 13 % fin 2008. L’Etat, en tant qu’acteur éternel de l’économie, n’est pas obligé d’amortir sa dette (c’est-à-dire de prévoir son remboursement), seuls le paiement des intérêts sont inscrits dans le budget de l’Etat. La charge de la dette, à savoir ce que coûte le recours à l’emprunt, s’élève ainsi à 43 Mds d’euros en 2009 (presque autant que le produit de l’impôt sur le revenu) et constitue le deuxième poste budgétaire de l’Etat.

2/ La dette des organismes divers d’administration centrale s’élève à 115 Mds d’euros. Les ODAC sont financés principalement soit par des subventions de l’État, soit par affectation de recettes votée en loi de finances. Ils ont pour point commun d’exercer une compétence fonctionnelle spécifique qui leur est dévolue au niveau national.

3/ La dette des administrations publiques locales est constituée principalement de crédits à long terme. Elle s’établit à 160 Mds d’euros environ. Les collectivités ont recours à l’emprunt pour compléter leurs ressources, mais par rapport à l’Etat, d’une part, l’emprunt est pour les collectivités territoriales une ressource temporaire qu’il faut rembourser (donc amortir) et d’autre part, cet emprunt doit être exclusivement affecté aux nouveaux investissements des collectivités (il ne peut donc pas financer les dépenses de fonctionnement comme le paiement du personnels administratifs par exemple).

4/ La dette des administrations de sécurité sociale s’établit à 54 Mds d’euros. Les endettements du régime général, du régime agricole et des hôpitaux continuent de croître en 2009 et celui de l’assurance chômage repart à la hausse après avoir diminué les années passées.


Bibliographie

  • Rapport public annuel de la Cour des comptes de 2010 : http://www.ccomptes.fr/fr/CC/Theme-200.html
  • 21 fiches thématiques de l'INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ecofra10f
  • Voir également : "Faut-il s'inquiéter de la dette publique ?", Problèmes économiques du 31 mars 2010, n°2992.

Dette publique de la France 1997-2010 (Source : http://www.alternatives-economiques.fr)


jeudi 16 septembre 2010

La théorie de l’utilité marginale

La théorie de l'utilité marginale (aussi appelé le marginalisme) est une théorie selon laquelle la valeur résulte de l'utilité marginale. Elle est considérée comme la « révolution néo-classique » ou « révolution marginale ». Cette « révolution » est un des meilleurs exemples « d'invention simultanée », concept du sociologue des sciences Robert Merton qui indique la marche inexorable de la science : une fois les questions parvenues à maturité, les mêmes solutions s'imposent aux chercheurs, même s'ils ne communiquent pas entre eux. En effet, simultanément mais indépendamment, trois penseurs européens – William Jevons, Carl Menger en 1871 et Léon Walras en 1874 – vont développer le concept d'utilité marginale. Cela est d'autant plus surprenant qu'à cette époque le contexte intellectuel et le développement économique de Manchester, Vienne et Lausanne sont très différents.

Le développement du marginalisme a engendré un changement de paradigme. En effet, alors qu'Adam Smith, David Ricardo et les classiques anglais expliquaient la valeur relative d'un bien par la quantité de travail nécessaire pour le produire (la valeur-travail), les marginalistes l'expliquent via l'utilité marginale. Ce changement fondamental marque le passage de l'économie classique à l'économie néo-classique. Il est accompagné par l'effacement de la théorie de la valeur au profit de la théorie de la détermination par les prix.

A l'origine de cette nouvelle théorie, se trouve le problème de la valeur qui se posait aux économistes classiques du XVIIIe et du XIXe siècle. Ce problème était lié à la difficulté de concilier la valeur d'usage et la valeur marchande d'un bien :

  • la valeur d'usage est la valeur que représente un bien pour les usagers ;
  • la valeur marchande est le prix du bien sur le marché.

Cette contradiction peut être illustrée au moyen du paradoxe de l'eau et du diamant : l'eau, indispensable à la vie des hommes, ne vaut presque rien, alors que le diamant, qui est moins important pour la survie, possède une valeur marchande très élevée. Ce paradoxe est énoncé par Adam Smith dans De la richesse des nations (1776) de la façon suivante : « Il n'y a rien de plus utile que l'eau, mais elle ne peut presque rien acheter ; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n'a presque aucune valeur quant à l'usage, mais on trouvera fréquemment à l'échanger contre une très grande quantité d'autres marchandises ».

Ce paradoxe peut être résolu si l'on distingue l'utilité totale que l'on tire d'un bien et son utilité marginale :

  • l'utilité totale désigne la satisfaction globale qu'un individu peut retirer de la consommation d'un bien ;
  • l'utilité marginale renvoie à la satisfaction que procure une variation de la quantité d'un bien consommée.

En effet, si l'eau a une utilité totale forte par rapport à celle des diamants, son utilité marginale est faible du fait de son abondance. Les individus ne sont donc pas prêts à payer un prix élevé pour se la procurer. En revanche, l'utilité marginale d'un diamant, du fait de sa rareté, en fait un bien plus cher, même si son utilité totale est moindre que celle de l'eau. La théorie de l'utilité marginale affirme ainsi que les comportements des individus sont guidés par l'utilité marginale et non pas par l'utilité totale. Le fondement de la valeur d'un bien n'est pas son utilité totale, mais son utilité marginale, c'est-à-dire sa rareté, rareté qui se trouve mesurée par un prix sur le marché.

Pour pouvoir mesurer l'utilité marginale en fonction de l'utilité totale, l'analyse économique a ensuite distingué deux types de bien :

  • les biens indivisibles : ce sont les biens qui ne peuvent pas être vendu par division, par exemple, on ne peut pas vendre la moitié d'une voiture ou un quart de paire de lunettes ;
  • les biens divisibles : ce sont les biens dont on peut diviser l'unité, par exemple, on peut vendre 1 kg de farine, mais aussi 500 g.

Lorsqu'un bien est indivisible, son utilité marginale correspond à l'ajout d'une unité supplémentaire de ce bien. L'outil mathématique qui permet de la calculer est la variation. L'utilité marginale d'un bien X est égale à la variation de l'utilité divisée par la variation de la quantité de X.

Lorsqu'un bien est divisible, son utilité marginale correspond à la variation de l'utilité totale pour une variation infiniment petite de la quantité consommée. L'outil mathématique qui permet de la calculer est alors la dérivée. Une dérivée permet de mesurer comment varie une variable, qui est fonction d'une autre variable, lorsqu'elle tend vers 0.

Un individu qui consomme une quantité croissante de bien obtient un niveau de satisfaction qui dépend de l'intensité du besoin qu'il cherche à satisfaire. Le plaisir est proportionnel au manque avant la consommation. Pour cette raison, l'analyse micro-économique considère que l'intensité d'un besoin est décroissante à mesure que la quantité consommée augmente. Autrement dit, plus les quantités consommées augmentent et plus la satisfaction d'un bien supplémentaire consommé diminue. L'utilité totale continue à augmenter, mais elle augmente moins vite, car l'utilité marginale – c'est-à-dire l'utilité d'un bien supplémentaire consommé – diminue. Lorsqu'un individu arrive à satiété, l'utilité marginale est nulle : une unité supplémentaire consommée n'augmente plus la satisfaction globale (c'est-à-dire l'utilité totale).

Cette théorie met en avant l'un des principes majeurs de l'analyse économique : toute décision individuelle résulte d'une comparaison et d'une égalisation marginale des coûts et de la satisfaction tirés de la consommation d'un bien. Lorsque l'avantage maximum est atteint, la consommation s'arrête. La valeur d'échange d'un bien est ainsi mesurée par le désir des individus de se le procurer. Chaque bien peut donc avoir sa propre valeur d'usage selon les goûts subjectifs des individus et des circonstances, mais in fine seule la valeur d'échange (qu'on appelle aussi le prix) peut être observée (objectivée). Par conséquent, avec cette théorie, il n'existe pas de valeur en soi, mais seulement un prix, qui est le résultat objectif de la somme de préférences circonstanciées et subjectives.


Bibliographie


Généreux, Jacques, Economie politique, Microéconomie, 5e édition, Hachette supérieure.

Picon, Dorothée, « L'utilité marginale, une idée dans l'air », Sciences Humaines.


samedi 28 novembre 2009

La population active en France

La population active désigne l'ensemble des personnes en âge de travailler (en général de 15 à 64 ans) qui occupent ou recherchent un emploi. La population active comprend la population active occupée (les personnes ayant un emploi) et la population active inoccupée (les chômeurs).

En 2008, la population active en France s'élève à 28 millions (INSEE). En 1949, elle atteignait 19,5 millions, 24,5 millions dans les années 80, pour se stabiliser à partir des années 2000 autour de 27 millions. Sur les 28 millions de personnes actives que compte la France en 2008, 14,7 millions sont des hommes et 13,3 millions des femmes.

La population active est déterminée par deux éléments : la structure démographique et les comportements d'activité.

La structure de la démographie se caractérise par la transition du baby boom au papy boom. De la fin de la Seconde guerre mondiale aux années 70, la France connaît, comme de nombreux autres pays européens, un accroissement important de la natalité. A partir des années 2000, cette génération va progressivement atteindre l'âge de la retraite conduisant ainsi au phénomène de papy boom. L'évolution de la population active dépend de la manière dont cette transition va s'effectuer : soit on recule l'âge de la retraite pour permettre un départ progressif de cette tranche d'âge du marché du travail, soit on envisage une diminution de la population active, ce qui ne va pas sans soulever quelques problèmes, notamment concernant le financement des retraites. Il faut noter également que la France connaît un taux de fécondité de 2,02 enfants par femme en 2008, ce qui la place dans les premiers pays européens et assure ainsi un renouvellement des générations. Ce taux de fécondité est important pour un pays développé (par exemple en Allemagne, il est seulement de 1,37, et de 1,33 en Italie) puisqu'il est un vecteur de stabilisation de la population active.

Les comportements d'activité renvoient aux comportements sociaux vis-à-vis du travail. Ils peuvent être appréhendés à travers le taux d'activité. Le taux d'activité représente le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et l'ensemble de la population correspondante. La forte croissance de la population active des cinquante dernières années résulte d'une part, de la montée continue du taux d'activité des femmes, et d'autre part, de la diminution du taux d'activité des jeunes liée à la prolongation de la scolarité. Ainsi, entre 1975 et 2007, le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans est passé de 60 à 83%. Cette progression résulte des changements sociaux tels que l'émancipation des femmes ou la promotion de l'individu. En outre, durant cette même période, le taux d'activité des 15-24 ans est passé de 55 à 35%. Cette diminution résulte là encore de changements sociaux tels que la massification de l'enseignement supérieur ou l'allongement de la durée d'entrée sur le marché du travail. Outre l'activité des femmes et la prolongation de la scolarité, il faut noter un autre comportement d'activité concernant l'abaissement de l'âge de la retraite. Malgré la transition vers le papy boom et l'augmentation du nombre de retraités, le développement de la cessation anticipée d'activité (préretraites) comme remède à l'augmentation du chômage conduit à la baisse de l'activité des hommes de 50 à 64 ans : de 80% en 1975, il est passé à 62% en 2007. On ne remarque pas ce phénomène pour les femmes puisque le taux d'activité des femmes de 50 à 64 ans augmente au cours des dernières décennies, ce qui est dû à leur entrée massive sur le marché du travail à partir des années 70.

En conclusion, la population active française se caractérise par une forte augmentation au cours du XXe siècle, ce qui constitue un élément important des capacités de production d'une économie puisqu'elle constitue sa force de travail. Sa structure démographique et ses comportements d'activité esquissent néanmoins les futures difficultés que cette économie va rencontrer : le vieillissement de la population soulève la question du financement des retraites et l'allongement de la durée d'entrée des jeunes sur le marché du travail rend problématique leur insertion professionnelle.

> Sources : INSEE

http://www.statapprendre.education.fr/insee/chomage/explic/extauxpopact.htm

lundi 23 novembre 2009

La population française en 2009

Au 1er janvier 2009, la population de la France métropolitaine et des départements d'outre-mer est estimée à 64,3 millions d'habitants, dont 62,45 millions en France métropolitaine et 1,85 million dans les départements d'outre-mer. Si on ajoute la population des collectivités d'outre-mer (environ 0,77 millions d'habitants), cela porte au total la population des territoires français à 65,1 millions de personnes. Au sein de l'Union européenne, la France se situe au 2e rang par sa population, derrière l'Allemagne (82,1 millions d'habitants), ce qui correspond à 13% des habitants de l'Union européenne.

En 2008, la population française augmente de 366 500 personnes soit une augmentation de 0,6%. Au cours de la même année, 834 000 enfants sont nés et 543 500 personnes sont décédées. L'accroissement naturel est ainsi de 290 500 personnes. Le solde migratoire est estimé à 76 000 personnes. Le taux de fécondité qui progresse par rapport aux années précédentes, est de 2,02 enfants par femme (contre 1,9 en 2007). Avec l'Irlande, la France est le pays de l'Union européenne où la fécondité est la plus forte.

Les naissances sont de plus en plus tardives : l'âge moyen à la maternité approche les 30 ans, soit deux années de plus qu'à la fin des années quatre-vingt. Cette tendance est générale en Europe, à l'exception des pays de l'Europe de l'Est récemment entrés dans l'Union européenne. La progression du nombre de naissances hors mariage se poursuit en 2008. Devenues majoritaires en 2006, les naissances hors mariage représentent en 2008 plus de 52 % des naissances, soit 10 % de plus qu'il y a dix ans.

Le nombre de décès progresse entre 2007 et 2008 de 2,3%, ce qui s'explique en partie par le vieillissement de la population. Toutefois, les gains d'espérance de vie à la naissance sont quasiment nuls en 2008. L'espérance de vie recule même très légèrement chez les femmes (passant de 84,4 ans en 2007 à 84,3 en 2008). Dans les conditions de mortalité à chaque âge observées actuellement, un garçon né en 2008 vivrait 77,5 ans et une fille 84,3 ans. L'espérance de vie des hommes en France est comparable à celle de la moyenne de l'Union européenne. En revanche, celle des femmes vivant en France est l'une des plus élevées. Le taux de mortalité infantile, qui diminuait régulièrement auparavant, s'est stabilisé ces trois dernières années au niveau de 3,8 pour 1000. La France occupe ainsi une place moyenne en Europe, où certains pays nordiques (Suède, Finlande) ont des taux de mortalité infantile inférieurs à 3 pour 1000.

Si l'espérance de vie reste stable en 2008, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses. La France compte en 2008 environ 5,6 millions de personnes de plus de 75 ans, soit un tiers de plus qu'il y a dix ans, et elle croît à un rythme annuel de 7% alors que le nombre des moins de 20 ans ne progresse que de 2%.

Concernant la répartition selon le sexe, il faut indiquer que la part des femmes s'est légèrement modifiée, passant de 51,4 % à 51,6 % au 1er janvier 2009. Quant à la répartition selon l'âge, les moins de 15 représentent 18,5%, de l'ensemble total de la population, les 35-44 ans 14%, et les plus de 75 ans 8,7%.

>>> Source : INSEE

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1220

samedi 3 octobre 2009

Karl Marx ou la critique de l’économie classique

Certains penseurs considèrent Karl Marx (1818-1883) comme le dernier économiste classique. Il en est effectivement l'héritier, mais sur un plan critique. Cette critique prend place à partir d'une philosophie de l'histoire : le matérialisme historique. Marx propose en effet une grille d'analyse de l'évolution historique à travers la lutte entre les classes sociales. Dans le Manifeste du parti communiste (1848), il affirme : « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de la lutte des classes ». Contrairement aux classiques qui analysent les classes sociales en fonction de leur revenu, Marx les spécifie par leur position dans le processus de production. Dans l'analyse classique, la société moderne comprend trois classes sociales fondamentales : les propriétaires fonciers qui perçoivent une rente, les travailleurs qui reçoivent un salaire et les capitalistes (fermiers, manufacturiers, marchands) qui touchent un profit. Pour Marx, cette analyse ignore qu'elle est historiquement située. Sa critique de l'économie politique consiste donc à montrer que les classes évoluent en fonction des rapports de productions, c'est-à-dire des formes de la répartition des revenus et de la propriété qui sont au fondement de la division des sociétés en classes.

Au centre de l'analyse marxiste, on trouve une distinction fondamentale entre ce qui est de l'ordre du réel, du concret, de la matière et ce qui est de l'ordre de la fiction, de l'idée, de l'abstrait. Cette distinction s'incarne dans la séparation des structures économiques de base (l'infrastructure) et de la structure sociale (la superstructure). L'infrastructure se constitue de l'articulation entre d'une part, les forces productives qui sont les moyens de production matériel (outils, machines) et humain (travail des employés), et d'autre part, les rapports de production (la distinction entre le travailleur et le capitaliste à l'époque de la révolution industrielle, mais aussi entre le serf et le seigneur au Moyen âge, donc des rapports de production qui sont historiquement déterminés). Quant à la superstructure, il s'agit des idées philosophiques et religieuses, ainsi que les institutions juridiques et politiques. Or selon Marx, c'est l'infrastructure qui conditionne la superstructure : « les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante » (Manifeste du parti communiste, 1848). Le principal argument qu'il oppose à l'école classique est donc de méconnaître la dimension historique et sociale de son analyse.

Le point de départ de l’analyse marxiste est la construction d’une théorie de la valeur travail des marchandises, inspirée de Ricardo, qui amène à distinguer la valeur d’usage d’un bien et sa valeur d’échange. La valeur d’usage désigne la valeur concrète d’un bien, ce que vaut une chose en vertu de ses qualités diverses. Par opposition, la valeur d’échange renvoie à la valeur permettant son échange avec d’autres biens. Pour donner une valeur d’échange à un bien, il faut le quantifier, c'est-à-dire trouver une mesure commune qui permette de l’échanger indépendamment de ses qualités spécifiques : le critère est la quantité de travail socialement nécessaire à la production. Autrement dit, la valeur d’échange est la manifestation quantitative du travail nécessaire à la production du bien.

A l'époque industrielle, le capitaliste a la possibilité au moyen de son argent d'acheter sur le marché les matières premières, les machines (le capital) et la force de travail des ouvriers (le travail). La valeur de ce travail est réduite au coût de la quantité de travail socialement nécessaire pour produire les biens, c'est-à-dire à sa valeur d'échange. En effet, sa valeur d'usage a une propriété qui n'est pas payée aux ouvriers (et qui est donc spoliée par le capitaliste) : la capacité de créer davantage de valeur que ce qu'elle n'en coûte, autrement dit l'aptitude à produire de la plus-value. La plus-value est la part de la valeur du produit excédant la valeur du travail, des matières et des machines. En conséquence, la valeur d'usage (travail total fourni par la main d'œuvre) est supérieure à la valeur d'échange (travail socialement nécessaire pour produire le bien) parce qu'elle dégage une plus-value qui enrichit le capitaliste au détriment du salarié.

Dans le système capitaliste, le propriétaire des moyens de production reverse à l'ouvrier un salaire qui est payé à sa valeur de marché. Cette valeur équivaut à la somme nécessaire pour entretenir sa force de travail et lui permettre de se reproduire. Le produit (Marx parle aussi de survaleur) réalisé grâce à l'adjonction du travail au capital est en revanche accaparé par le capitaliste qui réalise ainsi un profit. Mais ce vol ne peut durer infiniment. En effet, Marx décèle deux tendances à long terme du capitalisme : la baisse tendancielle du taux moyen de profit et la loi de prolétarisation constante.

La loi de baisse tendancielle du taux moyen de profit s'exprime grâce une distinction que fait Marx entre le capital constant et le capital variable (qui se distingue de la différenciation classique entre le capital fixe – biens de production utilisés plus d'un an – et le capital circulant – biens de production détruit au cours du processus productif). Le capital constant désigne les machines, les matières premières et l'énergie, alors que le capital variable renvoie aux salaires versés à la force de travail. Pour intensifier la production, le capitaliste cherche à produire plus en réduisant ses coûts de production. Il va donc accroître davantage son capital constant (achat de machine, incorporation du progrès technique) que son capital variable (licenciement, économies d'échelle). Par conséquent, le rapport capital constant sur capital variable, que Marx appelle « la composition organique du capital » a tendance à augmenter, et notamment à augmenter plus vite que le taux de plus-value puisque celui-ci est fonction du capital variable. Autrement dit, la loi de la baisse tendancielle du taux moyen de profit peut se résumer ainsi : s'il faut adjoindre du capital au travail pour faire des profits, il faut en adjoindre de plus en plus relativement au travail pour en faire davantage. Marx souligne cependant qu'il existe des contre-tendances à la baisse tendancielle du taux moyen de profit lorsqu'il existe une hausse de la productivité du travail (lié au progrès technique notamment). Il reste que le capitalisme se caractérise par une instabilité chronique qui se traduit par l'existence de cycles et de crises économiques. L'un des effets les plus marquant de cette baisse tendancielle du taux de profit est la crise de surproduction : le capitaliste pour limiter sa perte de profit va produire plus, mais sans tenir compte des besoins solvables des consommateurs.

La loi de prolétarisation est la seconde loi dégagée par Marx. Elle indique la tendance du capitalisme à exclure et à paupériser la population venant renforcer la masse de ses fossoyeurs potentiels. Elle a deux conséquences : la formation d'une armée industrielle de réserve et la centralisation du capital. L'armée industrielle de réserve, générée par le processus d'accumulation du capital, désigne la main d'œuvre excédentaire qui peut servir lors des phases d'expansion à l'accroissement du capital, mais qui lors des phases de récession se trouve exclue du processus productif. La modification de la composition organique du capital et l'exploitation croissante de la force de travail entraînent une diminution du recours à la main d'œuvre qualifiée, et avec elles le chômage, la précarité et l'exclusion. Ensuite, la centralisation du capital est le résultat de l'élimination des petits capitalistes par la concurrence, qui se retrouvent ainsi projetés dans le prolétariat et viennent grossir l'armée industrielle de réserve. Cette armée de réserve est donc ambivalente : à la fois source de profits supplémentaires pour les capitalistes, mais aussi source de révoltes lorsque la mauvaise situation économique engendre des soulèvements exacerbés par les frustrations et les mécontentements.

samedi 11 juillet 2009

L’école classique

L'école classique désigne le courant de pensée économique contemporain de la révolution industrielle et qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle. Les principaux auteurs de ce courant sont anglophones, il s'agit d'Adam Smith (1723-1790), de Thomas Robert Malthus (1766-1834) et de David Ricardo (1772-1823). En France, le représentant le plus célèbre de ce courant est Jean-Baptiste Say (1767-1832). Fondatrice de l'économie politique en tant que discipline autonome, l'approche classique met l'accent sur le rôle moteur de l'intérêt individuel, elle confère au marché un rôle de régulateur et défend le principe de laissez faire et de libre concurrence.

Il faut cependant souligner qu'aucun économiste n'a reconnu de son vivant appartenir au courant classique. Il s'agit en réalité d'une catégorie d'histoire de la pensée économique telle qu'ont pu la pratiquer Karl Marx ou John Maynard Keynes. Selon le point de vue que l'on prend, il existe des définitions différentes de l'école classique. Pour Marx, l'école classique représentée par Adam Smith s'oppose à l'économie vulgaire de Malthus, en ce que la première relève de la science et l'autre de l'idéologie. L'élément scientifique de l'économie classique consiste à voir la valeur des marchandises comme étant égale à la quantité de travail nécessaire à la production de ces marchandises (théorie de la valeur travail). Pour Keynes, l'école classique n'est en fait qu'un cas particulier (valide seulement en situation d'équilibre de plein emploi des ressources) de la théorie générale qu'il propose.

L'école classique s'efforce principalement de comprendre les ressorts du capitalisme et notamment sa dynamique qui, à travers l'emploi du travail salarié régulé par le marché, doit permettre d'aller vers l'enrichissement de toute la société. La richesse est définie par les classiques comme un surplus qu'on accumule. Elle est produite par le travail grâce à une mise en valeur de la terre et du capital. Elle dépend donc de l'accroissement de la productivité (quantité produite divisée par les moyens mis en œuvre pour l'obtenir). Il y a là un infléchissement par rapport à l'analyse des Physiocrates qui réduisaient la production de la richesse à la terre seule. Les classiques reprennent aux Physiocrates, hormis la même méfiance vis-à-vis de l'intervention étatique, l'idée qu'il existe des lois naturelles de l'économie. Ces lois ne sont cependant pas transcendantes, mais immanentes. Pour les mettre en évidence, il faut en passer par l'observation des faits et non uniquement par des raisonnements abstraits.

Une grande partie des concepts fondamentaux et des principes de l'économie classique ont été énoncés par Adam Smith dans De la richesse des nations (1776). Fortement opposé aux mercantilistes, Smith fait valoir que la libre concurrence et le libre échange, s'ils ne sont pas entravés par l'intervention des pouvoirs publics, sont mieux à même de réaliser la croissance économique. Il introduit notamment le thème de la main visible selon lequel c'est la recherche individuelle du gain qui garantit l'enrichissement général. L'Etat garde certaines fonctions économiques : il doit limiter les excès liés à la liberté individuelle et créer un cadre social et économique bénéfique à l'épanouissement des intérêts particuliers. Il peut également agir sur les taux d'intérêt, les conditions d'accès au crédit ou intervenir au moyen de l'impôt. Mais en dehors de cette action sur le cadre général du fonctionnement de l'économie, la communauté nationale s'enrichit davantage si chacun de ses membres suit son propre intérêt, que si l'Etat intervient directement dans l'économie en faveur de l'intérêt général.

Thomas Robert Malthus est un pasteur anglican connu pour sa théorie de la population que l'on retrouve dans son Essai sur le principe de population (1798). Cette théorie montre qu'il existe une contradiction entre la croissance de la population et la croissance de la production. Si la première suit une progression géométrique (1, 2, 4, 8, 16), la seconde suit une progression moindre d'ordre arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6). Cette contradiction aboutit à un risque permanent de surproduction et donc de misère des travailleurs. Pour cette raison, Malthus se prononce en faveur de la suppression des Poor Laws (lois visant à aider les pauvres qui date de 1795) parce qu'elles ont une valeur incitative à la procréation.

David Ricardo est un attentif lecteur et critique d'Adam Smith. Son problème consiste à découvrir quelles sont les lois qui régissent la répartition des revenus entre les classes sociales, c'est-à-dire la rente, le profit, le salaire, respectivement les revenus du propriétaire foncier, du capitaliste et du salarié. Il aboutit de cette manière à la théorie de la valeur travail qui s'énonce ainsi : les marchandises s'échangent à proportion des quantités de travail nécessaire à leur production. Par exemple, si un stylo vaut deux crayons à papier, cela signifie qu'il faut deux fois plus de travail pour produire un stylo que pour obtenir un crayon à papier. Cette théorie de la valeur travail a un pendant en économie internationale : la théorie des avantages comparatifs. Selon cette théorie, un pays qui se spécialise dans la production pour laquelle il détient un avantage relatif (à un autre pays), non seulement ne perd pas à échanger, mais en plus permet d'accroître les richesses globales liées au commerce international. Cela tient au fait que les coûts de production liés au travail étant différents d'un pays à l'autre, la spécialisation internationale apporte à chaque pays un avantage relatif dans la production pour laquelle soit son avantage est le plus grand, soit son désavantage est le moindre.

Jean-Baptiste Say expose quant à lui la loi des débouchés dans son Traité d'économie politique (1803). Elle s'énonce ainsi : « les produits s'échangent contre les produits ». Cette phrase sibylline signifie que tout niveau de production globale engendre des revenus de même valeur, ce qui rend la surproduction impossible. En d'autres termes, l'offre crée sa propre demande. Dans cette perspective, la monnaie n'est qu'un « voile » qui recouvre un troc. Cette formule est la base de la théorie quantitative de la monnaie, théorie classique qui considère la monnaie comme un élément neutre. Cette théorie est notamment critiquée par Keynes qui montre que la monnaie peut être désirée pour elle-même.

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