Affichage des articles dont le libellé est marchés et prix. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marchés et prix. Afficher tous les articles

dimanche 22 novembre 2009

La concurrence pure et parfaite

La concurrence pure et parfaite est un modèle conceptuel permettant de formaliser le fonctionnement d'un marché où les déterminations caractéristiques des échanges ne sont réalisées qu'à travers la seule confrontation de l'offre et de la demande.

En 1921, Frank Knight donne dans Risk, Uncertainty and Profit, les cinq conditions permettant le fonctionnement d'un marché de ce type :

  • l'atomicité : les décisions individuelles des consommateurs ou des producteurs n'ont pas d'influence sur la fixation du prix venant réguler le marché, par conséquent aucun agent ne fixe de prix, le prix est fixé naturellement par le marché : tous les agents sont des price takers (des preneurs de prix) ;
  • l'homogénéité des produits : on considère que les produits proposés par les offreurs sont identiques et les différences de qualité qui conduiraient à segmenter le marché sont exclues ;
  • la libre entrée et sortie : l'entrée ou la sortie d'un agent ne sont soumises à aucune discriminations (droit de douanes, quotas, ententes, etc.) ;
  • la mobilité des facteurs : on fait l'hypothèse de la libre-circulation des facteurs de production, les travailleurs et le capital circulent librement entre les différents marchés (on laisse de côté les difficultés liées au transport des marchandises) ;
  • l'information parfaite : tous les agents disposent d'une information complète sur les échanges qui sont effectués, ils sont au courant en temps réel du prix des produits, des quantités échangés et disponibles, et de la localisation des points de vente.

La concurrence pure et parfaite est un modèle qui sert de référence en droit et en économie pour analyser et réguler le fonctionnement des marchés. Elle ne peut être condamnée au nom de son irréalisme : la concurrence sur un marché est analysée de façon pure (indépendamment de l'expérience) et selon des hypothèses de fonctionnement idéal (par définition, la concurrence pure et parfaite ne se retrouve pas dans la réalité).

D'un point de vue économique, cette notion permet d'attribuer à un agent (ménage ou entreprise) une fonction mathématique, c'est-à-dire de faire correspondre de manière systématique certaines données avec d'autres. En économie, cette fonction va associer selon une règle des prix et des quantités. On va pouvoir ainsi considérer que chaque ménage associe une quantité consommée à un prix précis : c'est la fonction d'utilité. De même, chaque entreprise va associer une quantité produite à un certain prix : c'est la fonction de profit.

Il existe une autre hypothèse implicite du modèle de concurrence pure et parfaite : celui de la rationalité maximisatrice des agents économiques. On considère que tous les agents cherchent à atteindre leurs objectifs du mieux possible et vont donc être conduits à maximiser leur fonction (pour l'entrepreneur ce sera le profit et pour un ménage sa consommation). On considère également qu'ils sont dotés de préférences ordonnables selon les objectifs fixés.

D'un point de vue juridique, le modèle de concurrence et parfaite sert de référence pour fixer la norme commerciale. La loi interdit par exemple, le dumping qui consiste à vendre à perte, la discrimination sur les prix, les ententes diverses sur le prix ou le refus de vendre.

La plus célèbre loi inspirée par ce modèle est le Sherman Act de 1890. Cette loi déclare illégaux les trusts ainsi que toutes les opérations visant à restreindre les échanges ou le commerce. Il s'agit de la première loi venant réfréner le développement du capitalisme sauvage aux Etats-Unis. En l'espèce, la compagnie visée par cette loi était la Standard Oil dirigée par Rockfeller. En quelques années, cet entrepreneur célèbre était parvenu à former un trust autour des transports pétroliers de manière à endiguer la baisse des prix.

Depuis les années 20, la théorie économique a évolué sur la définition de la concurrence pure et parfaite. Estimant qu'il est impossible de trouver dans la réalité les cinq critères définis par Knight, William Baumol propose de restreindre la situation de concurrence à la possibilité pour une entreprise de pouvoir entrer sur un marché. Dans « Contestable Markets : an Uprising in the Theory of Industry Structure » (1982), il met en avant la notion de « marché contestable » : selon lui, le seul critère qui importe est la libre entrée sur le marché. Cette possibilité agit ainsi comme une contrainte sur les producteurs du marché : ils ne peuvent plus maintenir les prix au-dessus de leur niveau d'équilibre, car dans ce cas, d’autres acteurs n'hésitent pas à pénétrer sur le marché et à proposer le même produit à un prix inférieur. Cette idée de Baumol explique notamment la déréglementation des domaines de l’énergie ou des télécoms : l'ouverture des marchés à la concurrence oblige les producteurs à s'aligner sur un prix proche du prix d’équilibre.

Dans la réalité, un marché ne fonctionne pas selon les critères de concurrence pure et parfaite. La concurrence n'est pas un état naturel de l'économie. En revanche, le fonctionnement du marché apparaît optimal lorsqu'il se rapproche de la concurrence pure et parfaite. Celui-ci fonctionne alors de manière plus transparente, permet la libre entreprise (libre entrée sur un marché), une meilleure circulation de l'information, etc. C'est de là que vient cette idée de rapprocher le fonctionnement des marchés de la concurrence pure et parfaite. Cette idée repose cependant sur un postulat : le fait que sur un marché, un acheteur puisse acheter au meilleur prix possible un bien et un vendeur le vendre au meilleur prix possible favorise le bien-être de l'économie. Or il n'est pas impossible qu'un jour, un tel postulat se trouve remis en cause.

mardi 12 mai 2009

La concurrence

En tant qu'objet économique, la concurrence peut renvoyer à deux dimensions : la concurrence des producteurs et la concurrence des capitaux. On doit cette dichotomie aux théoriciens de l'économie industrielle (Joe Bain, Jean Tirole). Selon eux, la concurrence des producteurs désigne des affrontements entre les entreprises qui fabriquent des marchandises ou des services identiques et qui s'affrontent pour accroître leurs parts de marché. Dans le cadre de cette concurrence, les outils utilisés sont la fixation des prix, la détermination des quantités produites, la différenciation des produits (packaging, images, marques, etc.) ou la caractérisation de leur qualité. En revanche, la concurrence des capitaux désignent les affrontements d'entreprises en changeant de branche d'activités, en se diversifiant ou en se repositionnant sur les secteurs qu'elles maîtrisent le mieux. A ces deux types de concurrence, correspond deux types de marchés. Par conséquent, le marché ou la concurrence n'existe pas de manière unique ou homogène, il faut donc en parler au pluriel ou bien la rattacher à une dimension précise.

Une entreprise se trouve avoir affaire à deux mondes différents : le monde du produit ou du service (avec ses parts de marché, ses prix, ses quantités, sa qualité) et le monde du capital (avec ses financements, ses déplacements de capitaux, ses stratégies financières). De ces deux univers, il découle deux types de concurrence : une concurrence intrabranche où un seul marché est concerné étant donné que l'opposition entre les entreprises se fait sur un même produit et une concurrence interbranche où un ensemble de marchés est concerné puisque elle repose sur les flux de capitaux et d'investissement entre des acticités différentes.

La concurrence intrabranche passe par deux domaines : le domaine des marchés et des produits/services et le domaine des conditions de production. Pour établir sa stratégie, une entreprise doit tout d'abord se référer à son marché et ce afin d'identifier les lieux de vente, réduire ses prix et diversifier son produit pour prendre de nouvelles parts de marché. Mais elle doit aussi réfléchir aux conditions de production : essayer d'améliorer la qualité de son produit, tenter de réduire ses coûts de fabrication et aller vers une augmentation de sa production pour réduire les coûts.

La concurrence interbranche passe également par deux domaines : le domaine touchant les conditions d'entrée et un domaine touchant les conditions de sortie. Loin de la conception classique posant les entreprises dans une logique de concurrence pure et parfaite, les théoriciens de l'économie industrielle parte de l'idée d'une concurrence imparfaite : les entreprises n'ont pas d'information parfaite des conditions du marché et peuvent l'influencer. Comme elles sont des acteurs qui défendent des intérêts et qui s'opposent les uns aux autres, elles mettent en place des barrières qui viennent gêner la concurrence. Ainsi une entreprise qui souhaite se mouvoir entre différentes branches pour augmenter son profit ou pour limiter ses pertes va se trouver confronter à des obstacles qui vont compliquer sa mobilité. D'une part, elle va se confronter à des barrières à l'entrée, barrières qui peuvent être juridiques (brevets, licences, franchises, etc.), de « savoir-faire » (acquérir un brevet si l'on n'a pas les connaissances informelles suffisantes pour l'exploiter ne sert à rien), ou encore financières (il est impossible de pénétrer un marché compte tenu de la taille des entreprises concurrentes sans avoir au préalable une entreprise de taille critique). On peut donner plusieurs exemples : Polaroïd, entreprise moyenne, est parvenue grâce à un brevet, à rester dominante sur le marché de la photographie instantanée. De même, investir dans le secteur de l'eau nécessite d'avoir déjà une certaine taille pour pouvoir espérer avec les grands comme Suez. D'autre part, il existe des barrières à la sortie : pour redéployer leurs capitaux, les entreprises doivent au préalables convertir leurs investissements en capitaux, ce qui suppose de trouver un acteur spécifique acceptant de racheter des investissements moins rentables (l'Etat, ou rachat par les salariés eux-mêmes), et/ou une dévalorisation des actifs vendus.

lundi 11 mai 2009

Qu’est-ce que le marché ?

La notion de marché est une notion polysémique délicate à analyser car elle présente une dimension affective profonde. Pour l'angle qui nous intéresse, l'économie d'entreprise, nous adopterons une définition qui prend le point de vue de l'entreprise : le marché est un lieu où s'échangent des biens et des services pour une fonction donnée, dans un espace défini et selon une structure précise. Il faut donc dissiper un malentendu : le marché entendu comme entité abstraite n'existe pas. Il recoupe plusieurs types de marché dont il faut étudier les caractéristiques.

Si l'on centre notre analyse sur les marchés de l'entreprise, la spécificité d'un marché va être définie en fonction de l'opération que l'entreprise doit y effectuer. Par exemple, l'entreprise va chercher des financements sur les marchés des capitaux et les marchés financiers. Pour sa production de biens et services, elle va acheter ses matières premières sur les marchés des biens intermédiaires, ses machines sur les marchés des biens de production, ses bâtiments sur les marchés immobiliers et sa main d'œuvre sur les marchés du travail. Elle va commercialiser sa production sur les marchés des biens et services. Quant à sa gestion, il existe également d'autres marchés annexes qui fournissent la formation, la santé, la publicité, le conseil ou l'audit.

Concernant les espaces des marchés, il faut distinguer le marché interne de l'entreprise qui rassemble tous les mouvements de personnels (changements de postes, création de filiales, etc.) de son marché externe qui suit des dimensions géographiques (local, régional, national, communautaire et international). Cette spatialisation peut s'appliquer aux différents marchés que nous avons vus : marchés financiers, de biens intermédiaires, du travail. On remarque cependant quelques tendances : les marchés des biens d'équipement sont internationaux (certains pays ne produisant pas de machines), tout comme les marchés des matières premières et des produits semi-finis. En revanche, les marchés immobiliers sont locaux et régionaux, puisque leur mode de fonctionnement dépend moins de l'entreprise que de la fiscalité locale et des subventions distribuées par les collectivités locales.

Enfin les structures des marchés dépendent des forces concurrentielles qui sont à l'œuvre sur leur espace. En 1933, Joan Robinson montre dans The Economics of imperfect competition que les stratégies d'entreprise ne vont pas le sens d'une concurrence pure et parfaite, il s'agit plutôt d'une situation limite. En revanche, le monopole, considéré par les théoriciens néo-classiques comme un cas aberrant, correspond à la vie économique réelle. Or en concurrence pure, le produit d'une entreprise est identique à celui des concurrents, la substituabilité est donc supposée totale. Mais que se passe-t-il en réalité ? Les stratégies des entreprises par le biais du marketing et de la publicité cherchent à orienter le choix du consommateur sur des bases totalement subjectives. Ainsi dans certains secteurs comme celui des boissons sans alcool, un petit nombre d'entreprises (Coca-Cola et Pepsi) sont en position dominante sur un même marché et avec des produits semblables (même composition), mais pas identiques (ces deux marquent ne valorisent pas leur image de la même façon). La substituabilité entre les deux produits est nulle, on se retrouve donc en situation des de monopole strict, puisque le produit ne peut être remplacé par aucun autre.

Ces observations conduisent à reléguer le mythe de la concurrence pure et parfaite au niveau d'une hypothèse logique dans le cadre de l'élaboration d'un modèle axiomatique. Si l'on doit donc réaliser une typologie des structures des marchés, il faut étudier les caractéristiques de l'entreprise et de ses produits, et ne pas s'en remettre à ce modèle théorique. Ainsi on distingue quatre grandes variables pertinentes pour l'étude des structures de marchés : la taille de l'entreprise (grands groupes/petites firmes), la phase des biens et services échangés (nouveauté, maturité, déclin), le pouvoir d'achat des consommateurs du pays de commercialisation (émergent, stable, déclinant) et le pouvoir de vente de l'entreprise (price taker/price maker).

Mes autres blogs

  • Cours - La morale - Introduction La morale peut renvoyer à l'ensemble des habitudes et des normes de conduite propres à une société, on parle alors de mœurs (morale vient du l...
    Il y a 8 ans
  • L’innovation - Une innovation est une nouveauté qui apparaît dans un domaine particulier. Elle peut être technologique si elle donne lieu un nouveau produit, mais aussi o...
    Il y a 14 ans
  • - *La rencontre ou Bonjour Monsieur Courbet* (1854) - Gustave Courbet * Sensation de Rimbaud - Second poème du Cahier de Doua Par les soirs bleus d'été, j'ir...
    Il y a 15 ans
  • Nous autres, modernes d'Alain Finkielkraut - Nous autres, modernes, reprend en quatre leçons les cours de philosophie qu'Alain Finkielkraut donne à l'Ecole Polytechnique. Son axe principal est celui d...
    Il y a 16 ans