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lundi 1 mars 2010

La spécificité du facteur travail

Le travail est avec le capital l'un des deux facteurs de production (avec le capital) utilisé par les entreprises pour produire des biens ou des services. Pour se procurer ce facteur travail, une entreprise cherche à recruter des individus sur le marché du travail : d'un côté, l'entreprise demande du travail, de l'autre côté, un individu offre son travail.

En situation de concurrence parfaite, le travail est un facteur de production homogène : les différents individus sont considérés comme parfaitement identiques en ce qui concerne leurs qualifications et leur productivité. Les entreprises sont donc indifférentes à la personnalité des travailleurs embauchés et ne prennent en considération que la quantité et le prix du travail. Comme dans tout marché servant de base à l'analyse classique : l'information est parfaite, le salaire est fixé indépendamment de l'employeur et de l'employé en fonction d'un prix d'équilibre et il existe une totale liberté d'entrée et sortir du marché.

Selon cet angle de vue quantitatif, l'offre de travail englobe l'ensemble des individus en âge de travailler qui exercent ou cherchent à exercer un emploi, autrement dit la population active (27 millions d'individus). La population active comporte la population active occupée et la population active inoccupée. La population active occupée désigne l'ensemble des individus ayant un emploi. La population active inoccupée renvoie à l'ensemble des individus qui sont au chômage, c'est-à-dire qui sont en situation de recherche d'emploi.

La quantité d'offre de travail dépend du taux d'activité de la population, c'est-à-dire du rapport entre la population active et la population totale. Cette quantité de travail disponible dépend de données démographiques (mortalité, natalité, immigration, arrivée d'une classe d'âge en fin de formation) et des évolutions sociologiques (durée du temps de travail, travail des femmes, accroissement de la durée de formation, retraite anticipée, etc.).

Trois phénomènes sont particulièrement à retenir ici : la féminisation, la baisse d'activité des jeunes et des séniors et la diminution de la durée de travail. En 2003, 63,4% des femmes de 15 à 64 ans sont actives, contre seulement un peu plus d'une sur deux en 1975, ce qui montre la féminisation continue de la population active. Cette féminisation tend néanmoins à se stabiliser. La baisse du taux d'activité des plus jeunes (15-24 ans) est principalement due à l'allongement des études. La baisse du taux d'activité des séniors (50 et +) est un phénomène qui s'explique par l'abaissement de l'âge de la retraite dans les années 80 et par la mise en place des préretraites. Quant à la diminution du temps de travail, elle s'explique par l'accroissement de la productivité conjuguée avec les avancées sociales (congés payés, réduction du temps de travail légal, etc.). Alors qu'en 1870, une personne employée en France travaillait 2945 heures par an, en 1998, elle travaille 1503 heures, soit deux fois moins.

Il faut distinguer le taux d'activité du taux d'emploi qui lui est le rapport entre la population active occupée (la part de la population ayant un emploi) et la population totale. Le taux d'emploi dépend en grande partie de la configuration du marché du travail (salaire minimum, niveau des prestations sociales, etc.).

L'explication des blocages au fonctionnement du marché du travail invite à considérer le facteur travail comme un bien non homogène, c'est-à-dire sous un angle plus qualitatif. Contrairement à ce que postule l'analyse classique du marché du travail, l'employeur n'est pas indifférent aux qualifications du candidat qu'il cherche à recruter. Un travail nécessite des compétences, et donc des qualifications particulières. Un premier moyen pour l'employeur d'avoir une idée sur les qualifications d'un candidat est son niveau de diplôme. Il peut également prendre en considération les expériences professionnelles du candidat qui sont d'autres sources de savoir-faire. Il faut noter que le niveau de qualification augmente : 13% des jeunes sortent du système scolaire sans diplôme en 2004 contre 21% en 1990).

L'approche qualitative du marché du travail peut également se faire en distinguant les catégories socioprofessionnelles. Ces catégories regroupent des individus qui partagent des caractéristiques communes telles que la profession ou le niveau de revenu. On distingue ainsi les employés (30% de la population active en 2002), les ouvriers (27%), les professions intermédiaires (21%), les cadres et professions intellectuelles supérieures (14%), les artisans commerçants (6%) et les agriculteurs (2%). Cette catégorisation permet de mettre en avant un phénomène de tertiarisation de l'emploi depuis les 20 dernières années puisque ce secteur qui désigne les services occupe 75% de la population active. Cette tertiarisation se fait au détriment du secteur primaire (agriculture) et secondaire (industrie). Ce phénomène est due d'une part, à la mécanisation et aux gains de productivité, et d'autre part, à l'essor de l'activité des services. De surcroît, cette catégorisation permet de montrer que certaines catégories socioprofessionnelles sont davantage féminisées : c'est le cas des employés, où les femmes représentent plus des trois quarts des effectifs et des « professions intermédiaires » avec près de la moitié de femmes.

samedi 3 octobre 2009

Qu’est-ce que la comptabilité nationale ?

Les premiers systèmes de comptabilité nationale datent de la Seconde Guerre mondiale, tout d'abord avec l'économiste britannique Keynes qui développe dès 1941 des instruments de mesure de l'activité macroéconomique, puis avec Jan Tinbergen et Wassily Leontief, considérés comme les véritables inventeurs de la comptabilité nationale. La comptabilité nationale s'est ensuite développée dans la plupart des pays développés.

La comptabilité nationale est une représentation comptable de l'activité économique d'un pays sur une année. Il ne s'agit pas d'une comptabilité au sens strict, puisque toutes les opérations ne sont pas enregistrées, mais seulement les opérations quantifiables principales (les activités domestiques en sont exclues). Trois types d'opérations sont enregistrés : les opérations sur biens et services, les opérations de répartition et les opérations financières.

Les opérations sur biens et services concernent la création et l'utilisation des biens et des services. Elles comptent notamment : la production, la consommation, la formation brute de capital fixe (c'est-à-dire l'investissement) et les opérations avec l'extérieur (c'est-à-dire les importations et les exportations de biens et de services). Ces opérations sont regroupées dans le Tableau des ressources et des emplois (TRE).

Les opérations de répartition recouvrent les opérations par lesquelles la valeur ajoutée créée par la production est distribuée entre les salariés, les propriétaires d'entreprises et les administrations publiques, puis redistribuée du fait de l'action des administrations publiques (versements d'allocations financées par des prélèvements). Pour simplifier, on peut considérer ici la valeur ajoutée (VA) comme l'ensemble des richesses créées. Ces opérations sont regroupées dans le Tableau des comptes économiques intégrés(TCEI).

Les opérations financières représentent les engagements pris par les agents économiques les uns envers les autres, en contrepartie de monnaie ou de produits. Par exemple les prêts faits par certains représentent des emprunts pour les autres. La comptabilité nationale retrace ces opérations entre les principaux secteurs institutionnels dans le cadre du Tableau des opérations financières (TOF).

La comptabilité nationale prend en compte de nombreux indicateurs macroéconomiques, dont le plus important est le PIB (Produit intérieur brut), qui correspond à la somme des valeurs ajoutés brutes des différents secteurs institutionnels – auxquelles il faut ajouter les impôts diminués des subventions sur les produits, des emplois des biens et services produits dans un pays donné – auxquels on ajoute le solde de la balance des paiements – et des revenus (les salaires plus les impôts sur la production et les importations diminués des subventions).

La comptabilité nationale développe une vision macroéconomique des échanges, c'est-à-dire qu'elle pense les relations économiques en agrégeant ensemble des grands types d'acteurs, dénommés les « unités institutionnelles ». Il existe six grandes unités institutionnelles : les ménages, les sociétés non financières (entreprises), les sociétés financières (banques), les administrations publiques, les institutions sans but lucratif au service des ménages (associations) et le reste du monde qui regroupe l'ensemble des unités non-résidentes, dans la mesure où elles entretiennent des relations économiques avec des unités résidentes.

La comptabilité nationale permet de mesurer les principales grandeurs économiques, de suivre leurs évolutions et de comprendre le partage des richesses créées. Elle a été un outil essentiel de la reconstruction et de la planification après la Seconde guerre mondiale. Dans le Tableau économique d'ensemble (TEE), elle représente les échanges entre les secteurs et établit selon le principe de la partie double, une égalité entre les emplois et les ressources (c'est ce qui permet de mesurer le déficit ou non d'un Etat en pourcentage de son PIB).

> A voir sur le site de l'INSEE : les comptes de la nation

http://www.insee.fr/fr/themes/theme.asp?theme=16&sous_theme=1

Le circuit économique

Le circuit économique est la représentation schématique des flux d'échanges que réalisent les agents dans une économie. Ces flux sont de deux sortes : les flux réels (le travail et la production) et les flux monétaires (les salaires et la consommation). Le premier circuit économique, le Tableau économique, est réalisé en 1758 par le physiocrate français François Quesnay.

La représentation du circuit est schématique, c'est-à-dire simplificatrice. Elle conserve seulement les opérations économiques principales des acteurs. Le circuit permet de privilégier les interrelations des acteurs concernant la circulation des flux : des acteurs consomment ce que d'autres produisent ; certains épargnent, d'autres empruntent. Tous ces flux forment un tout, un système : ce qui représente un emploi pour les uns, est une ressource pour les autres.

Le circuit économique regroupe quatre ou cinq types d'acteurs : les entreprises, les ménages, les administrations et les institutions financières. Dans une économie ouverte, on ajoute un cinquième acteur fictif appelé le reste du monde.

  1. Les entreprises sont des entités juridiquement autonomes, organisées pour produire des biens et des services marchands.
  2. Les ménages renvoient à une ou plusieurs personnes physiques vivant sous le même toit et dépendant économiquement les unes des autres.
  3. Les administrations publiques ont un rôle de production, de régulation et de redistribution.
  4. Enfin, les institutions financières procurent des prêts bancaires et des services d'assurance en échange d'intérêts ou de primes d'assurance.
  5. On ajoute un cinquième acteur dans une économie ouverte que l'on appelle le reste du monde et qui permet d'enregistrer les importations et les exportations.

Afin de proposer une photographie des flux réels et monétaires entre les entreprises, les ménages, les administrations publiques, les institutions financières et le reste du monde, il est nécessaire de retracer les principales opérations entre ces unités institutionnelles. Trois types d'opérations sont enregistrés : les opérations sur biens et services, les opérations de répartition et les opérations financières.

  1. Les opérations sur biens et services concernent pour les emplois : la consommation, l'investissement et les exportations ; et pour les ressources : la production et les importations.
  2. Les opérations de répartition recouvrent les salaires, les revenus, les impôts, les subventions et les aides publiques.
  3. Les opérations financières retracent l'épargne et les crédits.

Il faut enfin ajouter aux acteurs et aux opérations, les lieux sur lesquels ils réalisent leurs échanges. Ces lieux correspondent à quatre marchés : le marché des biens et services, le marché du travail, le marché de la monnaie et le marché financier. Ces quatre marchés se retrouvent dans tous les modèles économiques, qu'ils soient de type keynésien ou néoclassique. La différence principale est que les modèles keynésiens analysent certaines formes de déséquilibres ou de crises économiques, alors que les modèles néoclassiques postulent un équilibre macroéconomique global.

Voir en ligne l'exemple d'un circuit économique centré sur l'entreprise :
http://www.ecogesam.ac-aix-marseille.fr/outils/schema/ecoge/circeco.jpg

jeudi 2 juillet 2009

Qu’est-ce que la politique économique ?

La politique économique désigne l'ensemble des interventions des pouvoirs publics dans l'économie d'un pays en vue de l'orienter vers des objectifs précis au moyen d'instruments spécifiques. Les principaux objectifs de la politique économique sont la croissance, le plein-emploi, la stabilité des prix et l'équilibre des échanges extérieurs. Les instruments spécifiques de politique économique sont le budget, la régulation de la masse monétaire, l'action sur les taux d'intérêt et le taux de change, l'intervention sur la formation des revenus et sur la redistribution, et la réglementation.

Pour définir les objectifs de la politique économique, il est souvent fait référence au carré magique de l'économiste keynésien Nicholas Kaldor (1908-1988). Cette représentation graphique des objectifs de la politique économique résume la situation conjoncturelle d'un pays à partir de quatre indicateurs : le taux de croissance du PIB, le taux de chômage, le taux d'inflation (le taux de croissance des prix à la consommation) et le solde de la balance des transactions courantes (en pourcentage du PIB). Ces quatre indicateurs correspondent aux quatre objectifs fondamentaux des politiques économiques. La jonction des quatre points permet de montrer la situation économique idéale. Le carré est appelé magique car une telle situation d'équilibre est dans les faits quasiment impossibles à atteindre. En revanche, la distance des points par rapport au carré idéal permet d'apprécier le niveau de détérioration de la situation économique ou bien l'efficacité des politiques mises en œuvre.


Carré magique de Nicholas Kaldor (source : maxicours.com).

A partir de ce carré, on distingue deux relations importantes en macroéconomie : la relation entre l'inflation et le chômage, et la relation entre la croissance et le chômage. La relation entre l'inflation et le chômage est aussi connue sous le nom de courbe de Phillips. Cette courbe est révélatrice du dilemme des politiques économiques keynésiennes : la hausse de l'inflation permet de réduire le chômage, mais la lutte contre l'inflation entraîne une hausse du chômage. La relation entre la croissance et le chômage s'exprime ainsi : plus la croissance est forte et plus le chômage baisse.

L'interventionnisme public est un événement assez récent dans l'histoire économique. Il émerge au XIXe siècle dans l'Allemagne de Bismarck (création d'une assurance maladie obligatoire en 1883). Il est mis en place en Angleterre selon un autre modèle par Lord Beveridge (création de la sécurité sociale en 1942 selon trois principes : uniformité, unicité et universalité). Mais il est réellement systématisé qu'après la seconde guerre mondiale. Avant cela, l'interventionnisme est limité en vue du maintien de la concurrence pure et parfaite, ainsi que de l'exercice des fonctions régaliennes (défense, police, droit et monnaie) suivant en cela les recommandations de la doctrine libérale classique. C'est avec la révolution keynésienne que la politique de stabilisation conjoncturelle apparaît, et avec elle toute une série de nouvelles fonctions que doit assumer l'Etat.

Robert Musgrave, économiste américain, a défini le rôle de l'État à travers trois fonctions : la fonction d'allocation, la fonction de redistribution et la fonction de régulation. La fonction d'allocation couvre les investissements publics qui présentent une dimension stratégique en termes de croissance sur le long terme. La fonction de redistribution concerne la dimension sociale de la politique économique : au moyen de prélèvements obligatoires, l'Etat modifie la répartition primaire des revenus pour assurer une justice sociale. La fonction de régulation couvre les politiques économiques conjoncturelles visant à assurer la croissance et le plein-emploi, via une action par la monnaie ou le budget.

Dans les années 70, l'interventionnisme public est confronté à des changements majeurs dans l'économie. L'environnement économique devient de plus en plus incertain : ouverture des économies nationales, chocs pétroliers, arrivée de nouveaux pays industrialisés, passage des changes fixes à la flexibilité, rupture avec la courbe de Phillips (forte inflation combinée à une hausse du chômage). Les politiques de relance isolées ou de keynésianisme pratique, qui ont connu leur apogée dans les années 60, butent sur un nouvel écueil : la contrainte extérieure. Dans les années 80, l'échec de ces politiques ont conduit la plupart des gouvernants à mener des politiques macroéconomiques désinflationnistes (visant à lutter contre l'inflation et non contre le chômage).

La contrainte extérieure désigne l'influence des échanges extérieures qui dans un pays où l'économie est ouverte sont autant de limites aux marges de manœuvre de la politique économique. En d'autres termes, plus un pays est ouvert aux échanges commerciaux, aux flux de capitaux et son appareil de production inadapté face à ces échanges, et plus sa contrainte extérieure sera forte. Pour la France, la contrainte extérieure limitait une politique économique de relance puisqu'elle aboutissait au creusement du déficit extérieur. Elle nécessitait également un taux d'intérêt élevé pour éviter les fuites de capitaux et un taux d'inflation bas pour favoriser la compétitivité. Dans les années 90, dans le cadre du traité de Maastricht, la contrainte extérieure est aussi financière, puisqu'il s'agit d'éviter les déficits publics.

Dans les années 70, les pays européens réagissent isolément aux différents chocs extérieurs par la conduite de politiques de relance isolées. Ce fut notamment le cas en France sous Valéry Giscard d'Estaing de 1974 à 1976 (Jacques Chirac est alors premier ministre). Ces politiques nationales permettent d'augmenter la croissance, mais à cause de la contrainte extérieure, ne parviennent plus à lutter contre la spirale inflation-dévaluation et contre la montée du chômage. De 1978 à 1981, Raymond Barre, premier ministre de Giscard, conduit une politique de rigueur visant à maintenir un franc fort (conformément aux exigences du Système Monétaire Européen créé en 1978). Le chômage continue à augmenter. Dans ce contexte, en 1981, la gauche emmenée par François Mitterrand arrive au pouvoir. Conformément à ses engagements de lutter contre le chômage, il nomme comme premier ministre Pierre Mauroy qui a pour tâche de favoriser les conditions de la demande afin de relancer les créations d'emploi. Malgré un surplus de croissance, ni le chômage, ni l'inflation ne baissent alors que le solde des opérations courantes diminue gravement. Avec l'ouverture croissante de l'économie française aux échanges européens, toute politique de relance par la demande profite non plus seulement aux producteurs nationaux, mais à tous les producteurs étrangers qui vendent leurs produits en France (contrainte extérieure commerciale). En outre, la contrainte extérieure était d'autant plus forte que les pays européens menaient pour la plupart des politiques restrictives depuis 1978. Ce déphasage conjoncturel a amplifié le déficit extérieur français (contrainte extérieure conjoncturelle). En conséquence, à la fin des années 70 et au début des années 80 en France, une prise de conscience s'opère : la politique budgétaire n'a plus comme objectif la croissance interne, mais la lutte contre l'inflation.

En conclusion, les transformations actuelles de l'interventionnisme public ne signifient en aucune façon sa disparition. On constate simplement un changement de préoccupations : les objectifs de croissance et de plein-emploi ont laissé la place aux objectifs de stabilité des prix et d'équilibre extérieur. La lutte contre l'inflation a pour principal intérêt d'assurer une stabilité des changes et de rompre la spirale inflation-dévaluation.

mercredi 1 juillet 2009

L’investissement et la croissance

L'investissement désigne l'acquisition de matériels par une entreprise. Lorsqu'elle investit, l'entreprise augmente son stock de capital. Comme l'investissement fait varier le stock de capital, il s'agit d'un flux. En comptabilité nationale, la variation du stock de capital est mesurée par la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF). Quant à la croissance, il s'agit d'une augmentation soutenue de la production d'un pays. Le PIB (Produit Intérieur Brut) est généralement le moyen retenu pour la mesurer.

Il est important de considérer ensemble l'investissement et la croissance, car toutes les théories économiques analysent l'investissement comme le principal facteur de croissance. En revanche, elles s'opposent toutes sur la manière dont la croissance agit. Son action peut se faire sur deux plans : sur l'offre et sur la demande.

L'investissement agit tout d'abord sur l'offre de trois manières : il permet l'augmentation du capital et donc des capacités de production, il favorise l'innovation et il accroît la productivité. Ce sont les économistes de l'offre (Thomas Gilder ou Arthur Laffer) qui mettent l'accent sur l'effet d'offre de l'investissement (ils reprennent la loi des débouchés de Say selon laquelle l'offre crée sa propre demande). Concernant l'innovation, il s'agit d'une idée de Schumpeter : l'investissement en permettant d'introduire l'innovation engendre la croissance d'une économie. L'entrepreneur qui innove dispose d'un monopole qui lui permet d'établir des prix élevés et d'engranger des profits jusqu'à ce qu'il soit imité par ses concurrents. Une fois le monopole brisé, charge à lui de relancer ses profits par une nouvelle innovation, ce qui engendre un cercle vertueux de croissance. On remarque en effet que les taux de croissance les plus élevés sont ceux des pays où la R&D est forte. Enfin, dans les modèles théoriques de croissance (Solow ou Harod et Domar), l'investissement joue un rôle clef dans la productivité, grâce notamment à son effet sur le progrès technique. Et dans les nouveaux modèles théoriques de la croissance endogène (Romer, Lucas ou Barro), l'investissement public améliore la productivité du secteur privé lorsqu'il est dirigé vers le développement du capital humain et technologique.

L'investissement stimule aussi la demande. Le fait que l'investissement agisse surtout sur la demande pour être facteur de croissance, est une idée surtout keynésienne. Cette stimulation peut se faire de trois façons : grâce au multiplicateur keynésien, au moyen du principe de l'accélération ou par le biais de l'oscillateur de Samuelson. D'après le multiplicateur keynésien, une augmentation de l'investissement entraîne une variation amplifiée du revenu national. Un accroissement de l'investissement va engendrer des ondes successives de revenus et de dépenses. Cette dépense du revenu va se faire à différentes étapes selon la propension marginale à consommer. Par conséquent, une hausse de l'investissement va se traduire par une augmentation des revenus qui va suivre une progression géométrique. Il faut cependant que le taux d'intérêt soit inférieur à l'efficacité marginale du capital pour que les entrepreneurs soient incités à investir. Le principe d'accélération énoncé par John Maurice Clark affirme qu'une variation de la demande finale induit une variation plus que proportionnelle de l'investissement. C'est en effet la croissance de la demande qui engendre comme réponse un investissement. Il y a donc un décalage dans le temps qui entraîne des vagues d'investissement plus amples que la consommation. Enfin, l'oscillateur est un modèle économétrique qui utilise conjointement les effets multiplicateurs et accélérateurs de l'investissement. Il a été réalisé par Samuelson. Son principe est qu'une augmentation autonome de l'investissement, au moyen d'une augmentation du revenu suivant le mécanisme du multiplicateur, va entraîner un besoin d'équipements des entreprises qui se traduit par un nouvel investissement sur le principe, cette fois, de l'accélération. Ce nouvel investissement génère ensuite un cercle qui fait naître un nouvel effet de multiplication, suivi d'un nouvel effet d'accélération.

En conclusion, l'investissement est une clef essentielle de la croissance : il joue à la fois sur l'offre et la demande qui sont les deux principaux déterminants de la croissance. Son impact est cependant conditionné à plusieurs variables. Tout d'abord, aux déterminants qui vont influencer la décision d'investissement : mimétisme, taux d'intérêt, taux de profit, débouchés, etc. Ensuite au décalage temporel : un laps de temps s'écoule de la décision d'investir à son impact réel sur la croissance. En outre, l'investissement ne bénéficie pas toujours à l'emploi puisqu'il faut distinguer l'investissement de capacité (augmentation de la capacité de production entraînant une création d'emploi) et l'investissement de productivité (pouvant conduire à une substitution du travail par le capital). De plus, il existe un chômage d'ajustement lié aux mutations économiques des secteurs d'activité en fonction des grappes d'innovation. Enfin, un investissement nécessite des capacités de financement, une épargne disponible et un endettement limité de l'Etat et des ménages.

mardi 30 juin 2009

Le partage de la valeur ajoutée

La valeur ajoutée désigne la richesse produite par une entreprise. Cette valeur est ensuite répartie sous forme de revenus entre les salaires, les profits et les impôts. La valeur ajoutée brute (VAB) est égale à la valeur de la production diminuée des consommations intermédiaires. Elle approche donc le montant du PIB.

La répartition de la valeur ajoutée connaît des évolutions marquées depuis les trente dernières années en France. On distingue généralement trois périodes. Dans les années 70, le salaire réel progresse beaucoup plus rapidement que la productivité marginale, et le taux de marge (c'est-à-dire la rémunération du capital dans la valeur ajoutée, donc les profits ou EBE – excédents bruts d'exploitation – divisés par la valeur ajoutée) baisse fortement. Dans les années 80, le taux de marge augmente, et le rapport entre le salaire réel et la productivité marginale du travail diminue fortement. Le partage de la ajoutée bénéficie donc de moins en moins aux salariés et davantage aux profits. Dans les années 90, le partage de la valeur ajoutée se stabilise. Après 98, le taux de marge revient au même niveau que dans les années 70.

Il existe de fortes disparités sectorielles dans le partage de la valeur ajoutée . La déformation du partage de la valeur ajoutée dans les années 80 aux dépens des salariés a en fait surtout concerné le secteur industriel, notamment celui des secteurs de technologie avancée. En revanche, dans le secteur tertiaire, le partage est resté stable. La baisse de l'industrie et la hausse du tertiaire créent également des effets dans la répartition de la valeur ajoutée : la part rémunérant les profits étant plus importante là où le nombre de salariés diminuent, en l'occurrence ici, pour le secteur industriel.

Il existe également de fortes disparités en fonction de la taille de l'entreprise. La baisse de la part des salaires dans les années 80 a plus fortement marqué les grandes entreprises et les déformations à la hausse dans les années suivantes sont moins évidentes que dans les PME.

Après le premier choc pétrolier de 1973, les hausses de salaire indexées sur la progression des prix à la consommation deviennent plus importantes que les gains de productivité. La rémunération du capital encaisse les chocs liés à l'insuffisante flexibilité des salaires. Mais dans les années 80, l'augmentation du chômage et le changement de mode d'organisation des entreprises (passage d'un capitalisme managérial à un capitalisme financier où l'intérêt de l'actionnaire efface le prestige du manager, et où la rentabilisation du capital investi s'impose comme la mesure première du bien-être collectif) provoquent une modération salariale qui devient structurelle dans les années 90.

L'évolution du coût des facteurs de production (capital, travail) entraîne une substitution du travail par le capital. Une hausse du coût du capital provoque une diminution de la part salariale, alors qu'une hausse du coût du travail suscite une augmentation de la part salariale. Dans les années 70, l'importance de la part salariale s'explique par une baisse des taux d'intérêts (le coût du capital baisse) et une inflation élevée. Dans les années 80, la substitution du capital au travail du fait de l'automatisation croissante, entraîne une hausse de la part des profits au sein de la valeur ajoutée.

Durant l'année 2008, le débat sur le partage de la valeur ajoutée se trouve relancé par Gérard Bouvier et Charles Pilarski. Selon ces deux économistes de l'INSEE (Institut National de Statistiques et d'Etudes Economiques), malgré l'amélioration du taux de profit dans les années 80, il existerait une baisse tendancielle du taux de profit depuis 1949, alors que la part des salaires se maintiendrait sur le long terme. Rappelons que la baisse tendancielle du taux de profit est un concept central du marxisme, qui affirme que le taux de profit dans une économie capitaliste est condamné à chuter tendanciellement, en raison de l'augmentation de l'intensité capitalistique au détriment du travail.

L'économiste Michel Husson dans un article (« La véritable histoire de la part salariale ») revient sur leur analyse pour la critiquer. Selon lui, si on s'intéresse aux analyses de la BRI (Banque des Règlements Internationaux), du FMI (Fond Monétaire International) et de la Commission européenne, on constate une dégradation de la part salariale dans la répartition de la VA, et qui se fait en faveur des taux de marge. L'analyse d'une baisse tendancielle des taux de profit par l'INSEE relèverait de deux biais : celui de l'inclusion des entreprises individuelles qui subissent un net recul ces cinquante dernières années et celui de l'absence de prise en compte d'un effet structurel : le développement du salariat.

Husson analyse également un tournant néo-libéral en 80. De 1975 à 1985, on constate en effet une bosse de la part salariale dans la répartition de la valeur ajoutée. Cette bosse correspond au passage d'un modèle fordiste où le salaire réel augmente comme la productivité du travail, à un modèle néo-libéral où sous prétexte de lutte contre l'inflation, le salaire réel est déconnecté de la productivité. Dans ce régime libéral, le salaire réel augmente moins vite que la productivité.

On peut également souligner une rupture dans les rapports de force sociaux. Le compromis fordiste, accord tacite selon lequel, en échange d'un salaire relativement élevé et indexé sur la productivité du travail, les salariés acceptent de se plier aux méthodes de production de masse, est rompu. La désindexation des salaires par rapport aux prix, a été une mesure pour lutter contre l'inflation, mais qui du même coup, a aussi cassé le lien entre salaire réel et productivité, instaurant ainsi une nouvelle norme salariale. L'inflation a baissé, mais la part salariale aussi pour atteindre un niveau inférieur à celui qui prévalait avant la crise.

Denis Clerc montre cependant dans « Quelle tendance pour les salaires dans la valeur ajoutée ? », que la baisse tendancielle de la part salariale relevée par Michel Husson ne semble pas pertinente dans le cas de la France. Il intègre dans son analyse l'évolution du salariat et montre que la France ne connaît pas de mouvement général de baisse de la part salariale dans la répartition de la valeur ajoutée. Il montre néanmoins qu'il existe un changement de régime de croissance. D'une industrialisation et de gains de productivité élevés, on passerait à une tertiarisation et à des gains de productivités plus faibles caractéristiques d'une économie nouvelle : l'économie de la connaissance.

En conclusion, si l'on suit Denis Clerc, il apparaît que la part salariale de la valeur ajoutée n'a pas diminué en France. Il reste cependant des évolutions majeurs qui peuvent expliquer une sensation de dégradation de la répartition de la VA. D'une part, il s'agit de l'augmentation des cotisations sociales (CSG et CRDS) qui sont ponctionnées sur le salaire brut. D'autre part, le passage aux 35 heures a contribué à augmenter la masse salariale aux dépens de l'augmentation des salaires. En conséquence, moins qu'à une baisse tendancielle, c'est à une transition que l'on assiste, celle entre deux structures économiques nationales.

samedi 13 juin 2009

Le principe de la demande effective

C'est dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (I, 3) que John Maynard Keynes (1883-1946) présente son principe de la demande effective. Ce principe a pour objet de montrer comment les entrepreneurs, au moyen d'anticipations, fixent le niveau d'emploi et de l'activité économique. La demande effective est définie par Keynes comme « le montant du ''produit'' attendu D au point de la courbe de la demande globale où elle est coupée par celle de l'offre globale » (Keynes, Théorie générale, Payot, p. 52-53).

Le produit (aussi appelé le revenu global) désigne le revenu résultant de l'utilisation d'un certain volume d'emploi. Il comprend donc le coût de facteur de l'emploi (c'est-à-dire le prix de l'ensemble de la quantité de travail utilisée : salaires, charges, impôts) et les profits des entrepreneurs. Ajoutons qu'à un autre endroit de la Théorie Générale, Keynes donne comme définition de la demande effective : « le revenu global (ou le "produit"), y compris les revenus distribués aux autres facteurs de production, que les entrepreneurs espèrent tirer du volume d'emploi courant qu'ils décident de donner » (II, 6).

En d'autres termes, l'enjeu du principe de la demande effective est de montrer que le niveau d'emploi dépend du niveau des profits que les entrepreneurs espèrent réaliser avec leur production : « dans un état donné de la technique, des ressources et du coût de facteur par unité d'emploi, le volume de l'emploi, aussi bien dans les entreprises et industries individuelles que dans l'ensemble de l'industrie, est gouverné par le montant du ''produit'' que les entrepreneurs espèrent tirer du volume de production qui lui correspond » (Théorie Générale, p. 51). Cette dépendance est valable pour des périodes courtes (tant que le salaire nominal et les taux d'intérêt sont constants) et au niveau microéconomique comme au niveau macroéconomique.

Ces précisions étant faites, il est possible d'énoncer le principe de la demande effective tel que Keynes le formule : « soit Z le prix de l'offre globale du volume de production qui correspond à l'emploi de N personnes ; la relation entre Z et N, que nous appellerons la Fonction ou Courbe de l'Offre Globale, étant représentée par Z = φ(N). De même, soit D le ''produit'' que les entrepreneurs espèrent tirer de l'emploi de N personnes ; la relation entre D et N, que nous appellerons la Fonction ou Courbe de la Demande Globale, étant représentée par D = ƒ(N). Ceci étant, si pour un certain volume de l'emploi N le "produit" attendu est supérieur au prix de l'offre globale, c'est-à-dire si D est supérieur à Z, il y aura un mobile qui incitera les entrepreneurs à accroître l'emploi et, s'il le faut, à élever les coûts en se disputant les uns aux autres les facteurs de production, jusqu'à ce que l'emploi ait atteint le volume qui rétablit l'égalité entre Z et D. Ainsi le volume de l'emploi est déterminé par le point d'intersection de la courbe de la demande globale et de la courbe de l'offre globale ; car c'est à ce point que la prévision de profit des entrepreneurs est maximum. Nous appellerons demande effective le montant du "produit" attendu D au point de la courbe de la demande globale où elle est coupée par celle de l'offre globale. Ceci constitue l'essentiel de la Théorie Générale de l'Emploi que nous nous proposons d'exposer. »


Contrairement aux théories classiques selon lesquelles les volumes de la production et de l'emploi sont déterminés par le fonctionnement du marché, dans la théorie keynésienne, ce sont les entrepreneurs et leurs anticipations de débouchés qui déterminent les volumes de production et d'emploi. A chaque niveau d'emploi N, les entrepreneurs anticipent un niveau de demande D. Ce niveau de demande peut s'interpréter comme un prix de demande globale qui correspond au prix que les consommateurs, selon les anticipations des entrepreneurs, accepteront de payer pour une production résultant du niveau d'emploi N. De même, Z peut s'interpréter comme un prix d'offre, c'est-à-dire le montant que les entrepreneurs espèrent pouvoir obtenir en offrant Z au moyen d'un niveau d'emploi N.

Tant que pour chaque niveau N, il existe du point de vue des entrepreneurs, une différence positive entre la demande anticipée (D) et l'offre anticipée (Z), ils auront intérêt à augmenter le niveau d'emploi (N). Mais à partir du seuil de la demande effective, point où la demande globale (D*) rencontre l'offre globale (Z*), la tendance s'inverse.

A partir de ce principe de la demande effective, il est possible de faire deux remarques. Tout d'abord, le niveau d'emploi et le revenu national sont déterminés par les entrepreneurs dont les anticipations ne sont pas parfaitement rationnelles. Keynes parle des « esprits animaux » guidant les comportements des entrepreneurs. Cela permet de rendre possible ce que ne pouvait pas analyser les économistes classiques, à savoir l'existence d'un chômage involontaire. Ce chômage involontaire résulte des anticipations des entrepreneurs qui peuvent être ex post fausses ou n'ayant pas pour objectif le plein emploi. Ensuite, ce principe de la demande effective constitue le fondement théorique des politiques de relance de l'activité économique par la demande. En effet, l'augmentation des dépenses publiques ou la réduction des taxes, c'est-à-dire ce qui correspond à une politique économique interventionniste, a pour finalité d'augmenter le revenu des agents, donc par conséquent, d'engager les entrepreneurs à anticiper des niveaux de demande effective qui soient plus élevés afin qu'ils mettent en œuvre des niveaux d'offre et d'emploi également plus élevés.

vendredi 29 mai 2009

Politique économique keynésienne et demande de monnaie

Keynes a pour originalité d'introduire dans l'analyse économique une nouvelle conception de la monnaie et de l'intérêt. Selon l'analyse classique, la monnaie est neutre, elle n'est donc pas comprise comme un élément d'analyse des phénomènes économiques. Au contraire, Keynes lui donne une importance au sens où elle joue un rôle dans la détermination de l'équilibre économique. Il ne la comprend plus comme un simple voile masquant les phénomènes réels, mais comme un phénomène fondamental des économies modernes qu'il faut prendre en compte. Son intuition est qu'il est possible que la monnaie soit demandée pour elle-même, alors que selon l'analyse classique la monnaie n'a d'utilité que relative à une transaction.

Keynes analyse la monnaie comme un moyen de détenir le pouvoir de disposer d'une richesse n'importe où et n'importe quand. Elle présente donc un haut degré de liquidité : sa mobilisation est sans délai et sans coût. Le problème est que la détention de cette monnaie ne rapporte rien contrairement aux obligations qui rapportent un taux d'intérêt. Détenir de la monnaie a donc un coût d'opportunité qui est égal à ce que rapporterait l'intérêt de cette monnaie convertie en obligations. Elle apporte en revanche une sécurité qui compense l'incertitude des comportements futurs des agents. Pour satisfaire ce besoin de sécurité, les agents formulent une demande de monnaie pour elle-même en raison justement de sa liquidité.

Comme la détention de liquidité calme les inquiétudes des agents face à l'avenir, les agents sont prêts à se séparer de leur monnaie seulement s'ils perçoivent un dédommagement à la hauteur du degré de leur incertitude. Ce dédommagement dépend également de la confiance que l'agent peut avoir dans ses spéculations à venir. Il existe donc une préférence pour la liquidité que Keynes calcule en fonction de la quantité de monnaie et du taux d'intérêt. Le taux d'intérêt est le prix de la renonciation à la liquidité. Le taux d'intérêt est donc un dédommagement de la renonciation à la liquidité jusqu'à ce que la totalité de la somme prêtée soit rendue.

Le taux d'intérêt pour celui qui choisit de thésauriser, c'est-à-dire de conserver la monnaie liquide, est un coût d'opportunité à la détention d'encaisses oisives. Un coût d'opportunité est un manque à gagner lié à la détention d'une monnaie liquide qui pourrait être placée et rapporter un gain à son propriétaire. Mais il existe aussi un gain à la détention de monnaie : la constitution d'encaisses oisives relève donc de la volonté des agents qui anticipent.

La préférence pour la liquidité s'explique par trois motifs : la transaction, la précaution et la spéculation. Le motif de transaction explique la détention de monnaie par la nécessité pour les agents de retarder leurs paiements (équilibre des dépenses, perception du revenu). Le motif de précaution explique la détention de monnaie par l'incertitude dans laquelle les agents se trouvent : ils conservent des liquidités pour faire face à des imprévus. Le motif de spéculation correspond à des situations où il va être plus intéressant de détenir de la monnaie plutôt que des obligations, notamment si les taux d'intérêt ont des chances d'augmenter, car dans ce cas, les obligations connaissent une baisse de prix. En conséquence, ce motif de spéculation va directement dépendre des anticipations des agents sur l'évolution du taux d'intérêt.

Au vu de ces trois motifs de détention de monnaie, le montant de la détention de liquidité varie en fonction de son coût d'opportunité. Ce coût exprimé par le taux d'intérêt désigne une préférence pour la détention de monnaie plutôt que son placement financier. Si ce coût de détention est élevé (taux d'intérêt élevé), les agents vont plutôt chercher à placer leur argent. En revanche, si ce coût est faible, les agents vont préférer conserver leur argent liquide. Mais il faut souligner que ce mécanisme est surtout déterminant pour le motif de spéculation. Pour les deux autres motifs, à savoir le motif de précaution et le motif de transaction, c'est le volume des paiements (i.e. niveau général de l'activité et des risques présents) qui va surtout être déterminant.

La politique monétaire est l'un des deux instruments de l'Etat face à l'évolution de la conjoncture avec la politique budgétaire. La politique monétaire est une action de la banque centrale sur la masse monétaire par le biais des taux d'intérêt et la politique budgétaire est une action du gouvernement sur les recettes et dépenses publiques.

Les objectifs de la politique monétaire sont définis par une série d'interventions sur l'offre de monnaie et le taux d'intérêt. On peut distinguer deux grandes catégories d'intervention sur la liquidité des banques : des interventions directes par réglementation (modification du taux d'intérêt) et des interventions indirectes (modification de l'offre de monnaie) par l'intermédiaire du marché monétaire. Quels que soient les instruments de politique monétaire, le résultat est toujours une variation du coût de l'argent, i.e. une variation de l'intérêt que doit verser tout emprunteur à son créancier. Cette variation du taux d'intérêt influence l'épargne des ménages. Une hausse d'intérêt doit inciter les particuliers à épargner plus, et pour ce faire, à limiter leur demande de biens et services. Une hausse d'intérêt décourage les agents de faire appel au crédit pour consommer. Toute hausse du taux d'intérêt favorise les placements financiers au détriment de l'achat d'équipements productifs.

Il existe cependant deux seuils du taux d'intérêt. Un seuil maximum où les agents ne demandent plus de monnaie mais seulement des titres, on parle alors de préférence absolue pour les titres. Et un autre seuil, minimum, où les agents transforment tous leurs avoirs en liquidité, on parle alors de trappe à liquidité. Dans ce cas, le taux d'intérêt est insensible à toute variation de la quantité de monnaie, celle-ci tombant dans une trappe.


lundi 18 mai 2009

La modélisation macroéconomique

L'analyse macroéconomique se présente sous forme de modèles. Un modèle économique est une représentation simplifiée d'un système économique. L'objectif de celui-ci est de montrer l'interdépendance et l'enchaînement de certains phénomènes économiques entre des agents institutionnels ou agents représentatifs. Il a une double fonction : expliquer une représentation de la réalité et prédire pour aider à la décision économique ou publique.

Un modèle peut avoir deux formes différentes : une forme littéraire ou une forme mathématique. La formulation littéraire est une proposition théorique effectuée avec des termes impliquant l'énoncé successif des variables retenues. La formulation mathématique est la formulation dominante dans la macroéconomie, il s'agit d'expressions condensées de théories économiques sous formes d'équations.

Les modèles macro-économiques représentent l'activité de grandes catégories d'agents. Les phénomènes macroéconomiques (chômage, inflation, récession, etc.) sont la résultante de millions de décisions microéconomiques prises par les individus en tant que consommateur, chefs d'entreprises, syndicalistes, ministres, etc.). Pour appréhender au plan global ces phénomènes, il faut donc procéder à une opération d'agrégation qui consiste à regrouper dans des grandeurs globales et économiquement significatives la multitude des opérations microéconomiques.

Dans cette perspective, on regroupe les millions de décideurs en seulement quelques catégories d'agents économiques. Ce travail d'agrégation est réalisé par la comptabilité nationale. Dans les comptes de la nation, l'agent économique élémentaire est une « unité institutionnelle ». Une unité institutionnelle est définie comme un acteur indépendant de la vie économique, composé d'une ou plusieurs personnes physiques ou morales, mais constituant un centre unique de décision autonome dans l'exercice de sa fonction économique principale.

Les unités institutionnelles sont regroupées en « secteurs institutionnels » dont les frontières reposent sur leur fonction économique principale et sur leur mode de financement. On distingue ainsi cinq secteurs institutionnels : les ménages, les sociétés non financières, les sociétés financières, les administrations publiques, les institutions sans but lucratif au service des ménages (anciennes « administrations privées »). Les comptables nationaux ajoutent un agent fictif, le reste du monde, pour retracer les opérations d'un Etat avec l'étranger.

L'économiste, qui s'attache à décrire les relations théoriques entre les variables de l'économie nationale, retient fréquemment un nombre d'agents plus limité que la comptabilité nationale. Le plus souvent, il ne retient que trois agents : les ménages, les entreprises (toutes activités confondues) et l'Etat qui représente en fait l'ensemble des administrations publiques. Premièrement, les ménages désignent chaque individu vivant seul ou chaque groupe d'individus habitant un même domicile constitue un ménage. Ils ont deux fonctions économiques principales : du côté de l'offre, ils fournissent des facteurs de production (temps de travail, équipements ou capitaux) ; du côté de la demande, ils consomment des biens et services en vue de satisfaire leurs besoins. Deuxièmement, les entreprises sont les entités qui rassemblent les facteurs de production et les utilisent pour créer ou distribuer des biens ou des services. Leur fonction principale consiste à produire des biens et services marchands. Troisièmement, l'Etat : il a pour fonction principale la production de services collectifs non marchands, et est principalement financé par des prélèvements obligatoires.

Les modèles économiques comportent deux sortes d'ingrédient : un ensemble de variables et un ensemble de relations ou d'équations.

Il existe également deux sortes de variables : les variables exogènes et les variables endogènes. Une variable est exogène si sa valeur peut être évaluée par des conditions extérieures au modèle (on dit alors qu'elle est la variable explicative ou prédéterminée ; en outre, toute modification de sa valeur est classée dans la catégorie des variations autonomes). Une variable est endogène si sa valeur est déterminée par les caractéristiques internes du modèle (on dit qu'elle est la variable expliquée ou déterminée).

Il existe en revanche trois sortes de relations : les relations de définition, les relations de comportement ou les relations d'équilibres. Les relations de définition (ou d'identités) permettent de définir les variables retenues dans le modèle. Les relations de comportement définissent les relations fonctionnelles ou décrivent le comportement de certains groupes d'agents. Enfin, les relations d'équilibre (ou conditions d'équilibre) expriment une égalité entre l'offre et la demande au niveau d'un marché particulier ou de l'économie dans son ensemble.

Par exemple, pour parvenir à un modèle donnant une forme structurelle de la réalité, il faut et il suffit d'avoir une équation de définition, une condition d'équilibre et une équation de comportement. Cependant le modélisateur a comme objectif d'expliquer l'évolution des variables endogènes à partir des variables exogènes. Pour y parvenir, il doit donner la forme réduite du modèle. Or pour passer de la forme structurelle à la forme réduite, il faut que le modèle soit complet, donc qu'il comporte autant d'équations que de variables endogènes. On dit qu'il est alors soluble. Pour résoudre un modèle, on doit poser que l'une des variables est une variable exogène (on dit parfois qu'elle est « autonome »). Une fois qu'un système est complet (autant d'équations que de variables endogènes), on peut calculer sa forme réduite.

Qu’est-ce que la macroéconomie ?

La macroéconomie est une méthode de raisonnement qui se rattache à l'analyse économique. Son objectif est d'étudier le niveau de l'activité économique d'un point de vue global (macro signifie grand en grec). Son objet d'étude est les agrégats, c'est-à-dire des quantités globales relativement homogènes telles que le revenu national, le niveau des prix, la consommation des ménages, l'investissement des firmes, les dépenses et les recettes publiques ou les échanges extérieurs. Elle permet de comprendre le comportement économique d'unités de bases (celles de la comptabilité nationale) : les ménages, les entreprises, les administrations. Il s'agit donc d'un moyen d'appréhender de manière globale l'ensemble des acteurs d'une économie nationale ou d'un ensemble de nations.

La macroéconomie étudie quatre phénomènes principaux : le chômage, l'inflation, la croissance et les politiques macroéconomiques.

Le Bureau International du Travail définit considère comme chômeur toute personne qui satisfait les quatre critères suivants : être en âge de travailler ; être sans travail (travailler une heure au cours de la semaine revient à ne pas être considéré comme chômeur ; être disponible (être en mesure d'accepter toute opportunité d'emploi qui se présente dans les quinze jours) ; être en recherche active d'un emploi (ou en avoir trouvé un qui commence ultérieurement). Cette définition est pratique car elle est internationalement reconnue, elle permet donc les comparaisons. Cependant une autre mesure du chômage est disponible en France, il s'agit du DEFM (Demandes d'Emploi en Fin de Mois). Elle est prise mensuellement par l'ANPE (la principale différence avec la définition du BIT est qu'elle considère comme chômeur toute personne ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois). Au-delà de ces définitions, la question essentielle à propos du chômage est de déterminer s'il est ou non volontaire. Le chômage volontaire désigne l'ensemble des agents qui ont choisi de ne pas travailler. Le chômage involontaire renvoie à tous les individus qui n'ont pas trouvé à s'employer au salaire courant (c'est-à-dire au salaire touché par ceux qui ont un emploi). Cette distinction est importante car elle conditionne les politiques économiques à mettre en œuvre pour résorber les formes particulières d'inactivité économique.

L'inflation est une hausse du niveau général des prix. Au sens strict, un phénomène d'inflation est constaté dès qu'apparaît une augmentation des prix, aussi faible et courte soit-elle. Cependant pour les économistes, l'idée d'inflation est associée à une hausse des prix relativement importante et cumulative, dont l'appréciation est assez subjective. L'inflation est mesurée au moyen de l'indice des prix à la consommation. Cet indice synthétique décrit l'évolution du prix moyen des biens et des services proposés aux consommateurs sur l'ensemble du territoire national (à l'exclusion de quelques uns). Pour rendre compte de l'importance de chaque composante dans le résultat total de l'indice, elles sont pondérées en fonction de leur part représentative dans la consommation des ménages. Le taux d'inflation que permet de mesurer cet indice des prix désigne la variation de l'indice des prix d'une année sur l'autre. Il existe également d'autres mouvements du niveau général des prix : la désinflation correspond à une réduction du rythme d'augmentation des prix et la déflation correspond à une baisse du niveau général des prix lors des périodes de crise.

La croissance économique désigne l'augmentation du volume des biens et services produits et échangés au cours d'une année dans un pays ou un groupe de pays. La croissance de la production annuelle brute est un objectif fondamental pour un Etat car elle permet d'une part, d'obtenir une augmentation du niveau de vie par tête lorsque la croissance de la production est supérieure à la croissance de la population, et d'autre part, de créer des emplois. Cette croissance se mesure au moyen du Produit Intérieur Brut (PIB) ou du Produit National Brut (PNB). Le PIB se calcule en cumulant la valeur de tous les biens et services produits à l'intérieur du pays et destiné à un usage final (consommation, investissement, exportations nettes des importations). Cela signifie qu'on raisonne en termes de valeur ajoutée (on ne tient pas compte des consommations intermédiaires, c'est-à-dire détruits ou transformés par les producteurs dans le processus de production). Quant au PNB, il se calcule en réalisant la somme de la valeur ajoutée intérieure et extérieure attribuable aux facteurs de production possédés par les agents nationaux. Pour pouvoir effectuer des comparaisons significatives, les indicateurs de production annuelle sont ajustés en fonction du niveau général des prix : le PIB avant ajustement est le PIB nominal, après ajustement on parle du PIB réel (ce sont les chiffres du PIB corrigés de l'inflation, ce qui permet d'avoir une idée plus exacte de la production annuelle d'une économie). Pour trouver le PIB réel, il suffit de diviser le PIB nominal par le niveau des prix. On parle de booms lorsque le PIB réel est croissant et de récession lorsqu'il est décroissant (pendant au moins deux trimestres consécutifs). Si l'on une récession sévère, on parle alors de dépressions (cf. la Grande Dépression de 1929). Ces fluctuations de l'activité économique ont conduit les économistes à parler de cycles économiques. Un cycle se compose d'une phase générale d'expansion suivie d'une phase générale de récession, puis d'une phase de reprise qui ouvre un nouveau cycle. Dans la réalité, la régularité du cycle reste néanmoins difficile à prévoir : même si l'on constate dans l'économie des phases de récessions de manière récurrente, il est impossible de déterminer en probabilité la survenue de ces phases.

Les politiques macroéconomiques renvoient aux façons dont l'Etat peut intervenir pour infléchir la conjoncture (évolution du chômage, de la production, du niveau des prix). Il dispose pour cela de deux instruments : la politique budgétaire et la politique monétaire. La politique budgétaire désigne les recettes (impôts et taxes) et les dépenses (salaires, équipements, subventions) qu'il verse. La politique monétaire renvoie au contrôle de la masse de monnaie en circulation. L'opinion des économistes sur l'efficacité de ces politiques divergent. Pour simplifier, on peut distinguer deux courants : les interventionnistes (dirigistes) et les non-interventionnistes (non-dirigistes). Les interventionnistes se réfèrent à Keynes, ils sont favorables à l'intervention de l'Etat. Ils estiment que les marchés s'équilibrent de manière trop lente, ce qui doit entraîner une compensation par la mise en place de politiques publiques en vue d'aider l'économie à retrouver un niveau de plein-emploi. Les non-interventionnistes sont partisans d'une intervention minimale de l'Etat, ils se réfèrent aux courants néo-classiques, libéraux ou néo-libéraux. Ils font confiance davantage au marché qu'à l'Etat dans la mesure où ils estiment que l'économie peut s'ajuster rapidement et efficacement aux perturbations du moment que les marchés fonctionnent bien. Sur un plan macroéconomique, il faut retenir que les approches macroéconomiques néo-classiques propres aux monétaristes condamnents les politiques macroéconomiques actives, tandis que les approches keynésiennes légitiment ces politiques et en spécifient le contenu.

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