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mercredi 6 octobre 2010

La situation des ménages français

De manière générale, un ménage désigne l'ensemble des occupants d'un même logement sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de cohabitation, par exemple). Un ménage peut aussi être composé d'une seule personne.

En microéconomie, un ménage est l'unité de base de nombreux modèles économiques.

En comptabilité nationale, les ménages sont l'un des six secteurs institutionnels, les autres étant : les sociétés non financières (SNF), les sociétés financières (SF), les administrations publiques (APU), les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLM) et le reste du monde.

Parmi les activités économiques des ménages, on peut retenir trois types d'action :

  • les ménages reçoivent un revenu (de leur travail, de leur capital ou bien des transferts sociaux),
  • revenus qu'ils consomment,
  • ou bien qu'ils épargnent.

En 2009, la progression du revenu disponible des ménages français a ralenti (+ 1 %n seulement après avoir augmenté de 3,2 % en 2008). Comme la consommation a diminué de 0,6 % en 2009, leur pouvoir d'achat s'est accéléré (il progresse de 1,6 % contre 0,4 % en 2008). Le ralentissement de l'augmentation du revenu disponible des ménages est imputable à la décélération des revenus nets d'activité (contribution de – 2,3 points) et des revenus du patrimoine (– 1,5 point), même si le recul des impôts sur le revenu (+ 1,2 point) et l'accélération des prestations sociales (+ 0,5 point) ont permis de l'atténuer.

Le pouvoir d'achat au niveau individuel, c'est-à-dire rapporté au nombre total de ménages dans la population, progresse un peu moins que le pouvoir d'achat global en 2009 puisqu'il est de 0,8 % pour le revenu disponible brut.

Le revenu disponible brut (RDB) constitue représente la part du revenu primaire qui reste à la disposition des ménages résidents, pour la consommation et l'épargne. Le revenu primaire des ménages est le revenu que les ménages tirent de leur contribution à l'activité économique, soit directement (revenu d'activité salariée ou non salariée), soit indirectement (revenu de placement mobilier ou immobilier). Il n'inclut donc pas les prestations sociales. On dit également que le revenu primaire est un revenu avant redistribution.

Le RDB se distingue donc du revenu disponible ajusté des ménages (RDBA) qui est égal au revenu disponible augmenté des transferts sociaux en nature. Ces transferts sociaux en nature sont une forme de revenus qui se retrouvent dans la consommation des ménages, sans qu'il y ait pour autant une dépense de la part du ménage bénéficiaire. Il s'agit par exemple des remboursements de médicaments, des dépenses d'éducation prises en charge par les administrations publiques, de la sécurité sociale ou encore des allocations logement. Le RDB ne prend pas en compte tous les revenus des ménages, car une partie de leur consommation effective est directement prise en charge par la collectivité. En 2009, le RDBA qui englobe ces transferts sociaux, a progressé plus rapidement (+ 1,5 %) que leur seul RDB (+ 1 %).

Avec la crise de 2007, les revenus salariaux ont progressé assez faiblement. D'une part, le retournement sur le marché du travail a fait reculer l'emploi salarié de 1,4 %. D'autre part, l'augmentation du salaire net moyen par tête a ralenti. De même, les revenus des entrepreneurs individuels ont diminué de quasiment 4 %. Les revenus liés à l'épargne se sont également détérioré. Le solde net des intérêts reçus par les ménages a fortement décru. La baisse des taux de marché s'est davantage répercutée sur la rémunération des dépôts des ménages que sur les intérêts qu'ils versaient sur leurs crédits, immobiliers notamment. En outre, la baisse des taux a conduit à diminuer fortement la marge financière que réalisaient les banques sur les dépôts des ménages. Or, cette marge est considérée en comptabilité nationale comme un supplément d'intérêts qui vient abonder le revenu des ménages, et qui retourne aux banques par le biais d'une dépense de consommation de service d'intermédiation financière. Par ailleurs, les dividendes reçus par les ménages ont diminué de 2,8 %.

En 2009, les recettes liées aux impôts sur le revenu et sur le patrimoine payés par les ménages ont diminué. L'impôt sur le revenu est affecté par la baisse des plus-values sur valeurs mobilières observée l'an passé et par la suppression, pour les ménages modestes, des deux derniers tiers provisionnels de l'impôt dû en 2009. Il est également affecté par la montée en charge des exonérations au titre des heures supplémentaires et du crédit d'impôt au titre des intérêts d'emprunts immobiliers.

La contribution sociale généralisée (CSG) a également reculé sous l'effet de la baisse des revenus du capital et de la stagnation de la masse salariale. Dans le même temps, le coût lié au versement des prestations sociales a fortement augmenté du fait de l'indemnisation du chômage et des mesures du plan de relance en faveur des plus défavorisés.

Comme la consommation des ménages a progressé en 2009 un peu moins vite que leur revenu, leur taux d'épargne a logiquement augmenté (de 0,8 point). Ce taux d'épargne des ménages s'élève en 2009 à 16,2 %, sans doute pour des motifs de précaution. Leur taux d'épargne financière progresse plus fortement encore puisqu'il passe de 4,8 % à 6,8 % (soit une augmentation de 2 points), sous l'effet de la chute de leurs investissements immobiliers.

La dépense de consommation des ménages a augmenté faiblement en volume. Cette faible progression est intervenue dans un contexte de baisse des prix : les prix des produits énergétiques et alimentaires, notamment, se sont retournés à la baisse après les fortes hausses de 2008. En valeur, l'évolution de la dépense de consommation des ménages a été la plus faible depuis l'après-guerre.

En 2009, ce sont surtout les achats d'automobiles qui ont soutenu la consommation (8,3 % d'augmentation, après une baisse de 6,9 % en 2008). Les achats de véhicules neufs par les ménages, stimulés par la mise en place de la Prime à la casse en décembre 2008, ont progressé de 18 % en volume. La part des petites voitures économes, qui bénéficient du bonus écologique, a poursuivi sa forte progression. Les marques françaises, bien positionnées pour ce type de véhicules, ont confirmé leur redressement en 2009 : leur part dans les immatriculations a atteint près de 54 %.

En revanche, la consommation en valeur des biens et services des technologies de l'information et de la communication (TIC) a baissé (– 0,8 %), pour la première fois depuis 1992. En volume, elle a encore légèrement décéléré : + 6,0 % après + 6,8 % en 2008. Exceptionnellement, la consommation en services de télécommunications a baissé en volume (– 0,4 %). À l'inverse, les achats de téléviseurs ont accéléré (+ 35,1 % après + 24,7 % en 2008).

Les dépenses liées à la musique et à la vidéo à domicile ont été moins déprimées qu'en 2008. Les DVD et supports haute définition ont même progressé en volume (+ 4,3 %) après trois années de baisse. Le repli des CD audio a été moins accentué (– 9,2 % après – 14,8 %).

Après une année 2008 déjà favorable, la fréquentation des salles de cinéma s'est encore accrue de 11 millions d'entrées et a atteint 201 millions de spectateurs.

En valeur, les loyers ont évolué au même rythme qu'en 2008 (+ 3,6 %). Les prix ont encore légèrement décéléré (+ 1,8 % après + 2,0 %), sous l'effet de l'atonie persistante du marché de l'immobilier.

Les dépenses des ménages en produits énergétiques ont diminué en volume (– 1,9 %, après + 0,9%en 2008). Notamment, la consommation en volume de carburants et lubrifiants a poursuivi sa baisse (– 2,1 %). Seule la consommation d'électricité a progressé (+ 1 %). Les prix de l'énergie se sont fortement retournés à la baisse (– 10,2 % après + 10,5 %), suivant le reflux des cours du pétrole.

La consommation alimentaire (hors boissons alcoolisées et tabac) a très légèrement accéléré en volume (+ 0,5 % après + 0,2 %). Les prix se sont quasiment stabilisés après la forte hausse de 2008 (près de 5 % d'augmentation). Les achats de viandes en volume ont moins baissé en 2009 qu'en 2008 (– 0,3 % après – 1,2 %).

La consommation de boissons non alcoolisées (hors cafés, thés et cacao) s'est nettement redressée (+ 3,1 % après – 1,6 %), tirée par les boissons à base de fruits qui ont bénéficié des températures élevées des mois d'été.

Les achats de tabac en volume sur le territoire français ont baissé pour la troisième année consécutive, quoique de façon moins marquée (– 0,6 % après – 2,4 %). Les prix n'ont progressé que de 1,4 %.

Après une baisse de 11,2 % en 2008, la consommation des ménages en assurance-vie s'est vivement retournée à la hausse en 2009 (+ 16,8%). Les versements sur contrats en euros sont redevenus attractifs, avec la forte baisse du taux de rémunération des livrets réglementés.


Bibliographie


mardi 5 octobre 2010

Emploi et chômage en France en 2009

D'après l'INSEE, la population active disposant d'un emploi en 2009 (c'est-à-dire la population en âge de travailler occupant effectivement un emploi) représente 25,6 millions de personnes (à temps plein ou à temps partiel). En comptabilité nationale, tous les types d'emploi (salariés, non-salariés) sont comptabilisés et chaque personne compte pour un emploi, quel que soit son temps de travail.

En 2009, la ventilation des emplois se fait de la manière suivante :

  • les entreprises privées regroupent 72 % des personnes ayant un emploi (18,3 millions de personnes) ;
  • les administrations regroupent quant à elles 21 % (5,3 millions de personnes employées par l'État, les collectivités locales, les hôpitaux, etc.) ;
  • les ménages ou les institutions sans but lucratif aux services des ménages (ISBLM, associations par exemple) emploient 7 % (1,7 millions de personnes).

Depuis 2004, la hausse des emplois au service des ménages et des ISBLM a été ininterrompue (+ 3,7% par an en moyenne jusqu'en 2008). Le rythme de progression s'est néanmoins infléchi en 2009, pour s'établir à + 1,6 %. Parallèlement, les emplois dans les entreprises du secteur privé se sont repliés (– 2 %). À l'inverse, l'emploi a augmenté dans les administrations publiques (+ 0,4 %), en particulier dans les collectivités locales et les hôpitaux, alors qu'il avait enregistré une baisse en 2008 (– 0,3 %).

Même si durant la crise, la France a mieux résisté que ses principaux partenaires (le nombre de chômeurs a augmenté de 23 % entre mai 2007 et fin 2009 alors que, sur la même période, il a crû de 50 % au Royaume-Uni et de 129% aux Etats-Unis), l'année 2009 a connu d'importantes destructions d'emploi : 320 000 personnes ont perdu leur emploi, ce qui représente une augmentation de plus de deux fois supérieur au gain de 2008 (+ 154 000). En équivalent temps-plein, cela représente 308 000 personnes. Pour tenir compte de façon plus précise de la force de travail mobilisée par l'économie française, il faut recourir à la notion d'« équivalent temps plein » qui comptabilise, pour un équivalent temps plein, deux personnes travaillant à mi-temps. La prise en compte du temps partiel réduit le nombre d'emplois comptabilisés en équivalents temps plein par rapport à ceux comptabilisés en personnes physiques.

Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) s'établit en moyenne à 9,9% de la population active (contre 7,6 % au premier trimestre 2008). Pour la France métropolitaine, il s'établit à 9,5 %. Le taux de chômage a retrouvé son niveau de la fin 1999. Le chômage concerne 2,7 millions de personnes (700 000 de plus qu'en 2008, soit une augmentation de 35 %). Pour rappel, un chômeur au sens du BIT est une personne en âge de travailler (ayant 15 ans ou plus) qui :

  • n'a pas travaillé, ne serait-ce qu'une heure, au cours de la semaine de référence ;
  • est disponible pour travailler dans les deux semaines ;
  • a entrepris des démarches actives de recherche d'emploi dans le mois précédent ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

La hausse du chômage concerne toutes les tranches d'âge, mais son ampleur est plus grande pour les jeunes de 15 à 24 ans. Les jeunes sont en effet plus sensibles aux fluctuations conjoncturelles du marché du travail car ils servent de variable d'ajustement (ils avaient davantage bénéficié de la baisse du chômage en 2006 et 2007). En 2009, le taux de chômage des jeunes (par rapport à la population active) atteint le niveau historique de 24 % de la population active, contre 8,6 % chez les 25-49 ans.

La hausse du chômage des jeunes a principalement touché les hommes, moins qualifiés et plus nombreux dans des secteurs plus affectés par la crise. Ainsi, depuis la mi-2008, le taux de chômage des femmes de moins de 25 ans est plus faible que celui des hommes du même âge (22,5 %, contre 24,6 % pour les jeunes hommes). Il faut cependant envisager le taux de chômage des jeunes par rapport à l'ensemble de la population des 15-24 ans qui n'est que qui n'est que de 8,7 % en 2009 (un point seulement au-dessus de la part des chômeurs dans la population totale des 25-49 ans). Cet effet de grossissement vient du fait que la part des inactifs au sein des 15-24 ans est élevée du fait des études et donc d'une moindre présence sur le marché du travail.

De manière générale, les hommes ont davantage souffert de la crise que les femmes. La tendance au rapprochement entre les taux de chômage masculins et féminins observée depuis le début des années 1990 s'est ainsi accélérée : en moyenne en 2009, le taux de chômage des femmes n'est plus supérieur que de 0,5 point à celui des hommes.

Pratiquement toutes les branches d'activité ont été touchées par les destructions d'emploi. Les plus forts reculs ont été enregistrés dans l'industrie manufacturière (- 4,7 %), en particulier dans les biens de consommation et les biens intermédiaires. Les pertes d'emploi dans l'agriculture se sont également poursuivies (- 3,4%). Pour la première fois depuis 1993, l'emploi dans les services principalement marchands a reculé (- 1,7 %), en raison de la chute de l'emploi dans les services aux entreprises et, dans une moindre mesure, dans le commerce. Inversement, l'emploi a encore progressé dans les activités financières (+ 0,7 %) et les services aux particuliers (+ 0,4 %), quoique de façon plus modérée qu'en 2008. Seul l'emploi dans les services administrés a accéléré (+ 0,9% après + 0,7 % en 2008) : après deux années consécutives de baisse, l'emploi dans l'administration s'est retourné à la hausse (+ 0,7%), tandis que dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'action sociale, les créations d'emploi restaient dynamiques (+ 1 %).

Sur le plan des politiques de l'emploi, la France a mis en place :

  • un dispositif « zéro charge » en faveur des très petites entreprises ;
  • le développement de l'activité partielle pour permettre aux salariés d'être mieux indemnisés (RSA chapeau) et de recevoir des formations leur permettant de sécuriser leurs parcours professionnels ;
  • un dispositif d'accompagnement aux reconversions professionnelles par le biais des Conventions de reclassement personnalisé (CRP) et des Contrats de transition professionnelle (CTP) ;
  • l'accroissement des contrats en alternance (contrats d'apprentissage et de professionnalisation) pour développer l'emploi des jeunes.



Bibliographie


Synthèse réalisée à partir des fiches thématiques de l'INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ecofra10f


Graphiques

samedi 3 octobre 2009

Qu’est-ce que la comptabilité nationale ?

Les premiers systèmes de comptabilité nationale datent de la Seconde Guerre mondiale, tout d'abord avec l'économiste britannique Keynes qui développe dès 1941 des instruments de mesure de l'activité macroéconomique, puis avec Jan Tinbergen et Wassily Leontief, considérés comme les véritables inventeurs de la comptabilité nationale. La comptabilité nationale s'est ensuite développée dans la plupart des pays développés.

La comptabilité nationale est une représentation comptable de l'activité économique d'un pays sur une année. Il ne s'agit pas d'une comptabilité au sens strict, puisque toutes les opérations ne sont pas enregistrées, mais seulement les opérations quantifiables principales (les activités domestiques en sont exclues). Trois types d'opérations sont enregistrés : les opérations sur biens et services, les opérations de répartition et les opérations financières.

Les opérations sur biens et services concernent la création et l'utilisation des biens et des services. Elles comptent notamment : la production, la consommation, la formation brute de capital fixe (c'est-à-dire l'investissement) et les opérations avec l'extérieur (c'est-à-dire les importations et les exportations de biens et de services). Ces opérations sont regroupées dans le Tableau des ressources et des emplois (TRE).

Les opérations de répartition recouvrent les opérations par lesquelles la valeur ajoutée créée par la production est distribuée entre les salariés, les propriétaires d'entreprises et les administrations publiques, puis redistribuée du fait de l'action des administrations publiques (versements d'allocations financées par des prélèvements). Pour simplifier, on peut considérer ici la valeur ajoutée (VA) comme l'ensemble des richesses créées. Ces opérations sont regroupées dans le Tableau des comptes économiques intégrés(TCEI).

Les opérations financières représentent les engagements pris par les agents économiques les uns envers les autres, en contrepartie de monnaie ou de produits. Par exemple les prêts faits par certains représentent des emprunts pour les autres. La comptabilité nationale retrace ces opérations entre les principaux secteurs institutionnels dans le cadre du Tableau des opérations financières (TOF).

La comptabilité nationale prend en compte de nombreux indicateurs macroéconomiques, dont le plus important est le PIB (Produit intérieur brut), qui correspond à la somme des valeurs ajoutés brutes des différents secteurs institutionnels – auxquelles il faut ajouter les impôts diminués des subventions sur les produits, des emplois des biens et services produits dans un pays donné – auxquels on ajoute le solde de la balance des paiements – et des revenus (les salaires plus les impôts sur la production et les importations diminués des subventions).

La comptabilité nationale développe une vision macroéconomique des échanges, c'est-à-dire qu'elle pense les relations économiques en agrégeant ensemble des grands types d'acteurs, dénommés les « unités institutionnelles ». Il existe six grandes unités institutionnelles : les ménages, les sociétés non financières (entreprises), les sociétés financières (banques), les administrations publiques, les institutions sans but lucratif au service des ménages (associations) et le reste du monde qui regroupe l'ensemble des unités non-résidentes, dans la mesure où elles entretiennent des relations économiques avec des unités résidentes.

La comptabilité nationale permet de mesurer les principales grandeurs économiques, de suivre leurs évolutions et de comprendre le partage des richesses créées. Elle a été un outil essentiel de la reconstruction et de la planification après la Seconde guerre mondiale. Dans le Tableau économique d'ensemble (TEE), elle représente les échanges entre les secteurs et établit selon le principe de la partie double, une égalité entre les emplois et les ressources (c'est ce qui permet de mesurer le déficit ou non d'un Etat en pourcentage de son PIB).

> A voir sur le site de l'INSEE : les comptes de la nation

http://www.insee.fr/fr/themes/theme.asp?theme=16&sous_theme=1

Le circuit économique

Le circuit économique est la représentation schématique des flux d'échanges que réalisent les agents dans une économie. Ces flux sont de deux sortes : les flux réels (le travail et la production) et les flux monétaires (les salaires et la consommation). Le premier circuit économique, le Tableau économique, est réalisé en 1758 par le physiocrate français François Quesnay.

La représentation du circuit est schématique, c'est-à-dire simplificatrice. Elle conserve seulement les opérations économiques principales des acteurs. Le circuit permet de privilégier les interrelations des acteurs concernant la circulation des flux : des acteurs consomment ce que d'autres produisent ; certains épargnent, d'autres empruntent. Tous ces flux forment un tout, un système : ce qui représente un emploi pour les uns, est une ressource pour les autres.

Le circuit économique regroupe quatre ou cinq types d'acteurs : les entreprises, les ménages, les administrations et les institutions financières. Dans une économie ouverte, on ajoute un cinquième acteur fictif appelé le reste du monde.

  1. Les entreprises sont des entités juridiquement autonomes, organisées pour produire des biens et des services marchands.
  2. Les ménages renvoient à une ou plusieurs personnes physiques vivant sous le même toit et dépendant économiquement les unes des autres.
  3. Les administrations publiques ont un rôle de production, de régulation et de redistribution.
  4. Enfin, les institutions financières procurent des prêts bancaires et des services d'assurance en échange d'intérêts ou de primes d'assurance.
  5. On ajoute un cinquième acteur dans une économie ouverte que l'on appelle le reste du monde et qui permet d'enregistrer les importations et les exportations.

Afin de proposer une photographie des flux réels et monétaires entre les entreprises, les ménages, les administrations publiques, les institutions financières et le reste du monde, il est nécessaire de retracer les principales opérations entre ces unités institutionnelles. Trois types d'opérations sont enregistrés : les opérations sur biens et services, les opérations de répartition et les opérations financières.

  1. Les opérations sur biens et services concernent pour les emplois : la consommation, l'investissement et les exportations ; et pour les ressources : la production et les importations.
  2. Les opérations de répartition recouvrent les salaires, les revenus, les impôts, les subventions et les aides publiques.
  3. Les opérations financières retracent l'épargne et les crédits.

Il faut enfin ajouter aux acteurs et aux opérations, les lieux sur lesquels ils réalisent leurs échanges. Ces lieux correspondent à quatre marchés : le marché des biens et services, le marché du travail, le marché de la monnaie et le marché financier. Ces quatre marchés se retrouvent dans tous les modèles économiques, qu'ils soient de type keynésien ou néoclassique. La différence principale est que les modèles keynésiens analysent certaines formes de déséquilibres ou de crises économiques, alors que les modèles néoclassiques postulent un équilibre macroéconomique global.

Voir en ligne l'exemple d'un circuit économique centré sur l'entreprise :
http://www.ecogesam.ac-aix-marseille.fr/outils/schema/ecoge/circeco.jpg

mardi 30 juin 2009

Le partage de la valeur ajoutée

La valeur ajoutée désigne la richesse produite par une entreprise. Cette valeur est ensuite répartie sous forme de revenus entre les salaires, les profits et les impôts. La valeur ajoutée brute (VAB) est égale à la valeur de la production diminuée des consommations intermédiaires. Elle approche donc le montant du PIB.

La répartition de la valeur ajoutée connaît des évolutions marquées depuis les trente dernières années en France. On distingue généralement trois périodes. Dans les années 70, le salaire réel progresse beaucoup plus rapidement que la productivité marginale, et le taux de marge (c'est-à-dire la rémunération du capital dans la valeur ajoutée, donc les profits ou EBE – excédents bruts d'exploitation – divisés par la valeur ajoutée) baisse fortement. Dans les années 80, le taux de marge augmente, et le rapport entre le salaire réel et la productivité marginale du travail diminue fortement. Le partage de la ajoutée bénéficie donc de moins en moins aux salariés et davantage aux profits. Dans les années 90, le partage de la valeur ajoutée se stabilise. Après 98, le taux de marge revient au même niveau que dans les années 70.

Il existe de fortes disparités sectorielles dans le partage de la valeur ajoutée . La déformation du partage de la valeur ajoutée dans les années 80 aux dépens des salariés a en fait surtout concerné le secteur industriel, notamment celui des secteurs de technologie avancée. En revanche, dans le secteur tertiaire, le partage est resté stable. La baisse de l'industrie et la hausse du tertiaire créent également des effets dans la répartition de la valeur ajoutée : la part rémunérant les profits étant plus importante là où le nombre de salariés diminuent, en l'occurrence ici, pour le secteur industriel.

Il existe également de fortes disparités en fonction de la taille de l'entreprise. La baisse de la part des salaires dans les années 80 a plus fortement marqué les grandes entreprises et les déformations à la hausse dans les années suivantes sont moins évidentes que dans les PME.

Après le premier choc pétrolier de 1973, les hausses de salaire indexées sur la progression des prix à la consommation deviennent plus importantes que les gains de productivité. La rémunération du capital encaisse les chocs liés à l'insuffisante flexibilité des salaires. Mais dans les années 80, l'augmentation du chômage et le changement de mode d'organisation des entreprises (passage d'un capitalisme managérial à un capitalisme financier où l'intérêt de l'actionnaire efface le prestige du manager, et où la rentabilisation du capital investi s'impose comme la mesure première du bien-être collectif) provoquent une modération salariale qui devient structurelle dans les années 90.

L'évolution du coût des facteurs de production (capital, travail) entraîne une substitution du travail par le capital. Une hausse du coût du capital provoque une diminution de la part salariale, alors qu'une hausse du coût du travail suscite une augmentation de la part salariale. Dans les années 70, l'importance de la part salariale s'explique par une baisse des taux d'intérêts (le coût du capital baisse) et une inflation élevée. Dans les années 80, la substitution du capital au travail du fait de l'automatisation croissante, entraîne une hausse de la part des profits au sein de la valeur ajoutée.

Durant l'année 2008, le débat sur le partage de la valeur ajoutée se trouve relancé par Gérard Bouvier et Charles Pilarski. Selon ces deux économistes de l'INSEE (Institut National de Statistiques et d'Etudes Economiques), malgré l'amélioration du taux de profit dans les années 80, il existerait une baisse tendancielle du taux de profit depuis 1949, alors que la part des salaires se maintiendrait sur le long terme. Rappelons que la baisse tendancielle du taux de profit est un concept central du marxisme, qui affirme que le taux de profit dans une économie capitaliste est condamné à chuter tendanciellement, en raison de l'augmentation de l'intensité capitalistique au détriment du travail.

L'économiste Michel Husson dans un article (« La véritable histoire de la part salariale ») revient sur leur analyse pour la critiquer. Selon lui, si on s'intéresse aux analyses de la BRI (Banque des Règlements Internationaux), du FMI (Fond Monétaire International) et de la Commission européenne, on constate une dégradation de la part salariale dans la répartition de la VA, et qui se fait en faveur des taux de marge. L'analyse d'une baisse tendancielle des taux de profit par l'INSEE relèverait de deux biais : celui de l'inclusion des entreprises individuelles qui subissent un net recul ces cinquante dernières années et celui de l'absence de prise en compte d'un effet structurel : le développement du salariat.

Husson analyse également un tournant néo-libéral en 80. De 1975 à 1985, on constate en effet une bosse de la part salariale dans la répartition de la valeur ajoutée. Cette bosse correspond au passage d'un modèle fordiste où le salaire réel augmente comme la productivité du travail, à un modèle néo-libéral où sous prétexte de lutte contre l'inflation, le salaire réel est déconnecté de la productivité. Dans ce régime libéral, le salaire réel augmente moins vite que la productivité.

On peut également souligner une rupture dans les rapports de force sociaux. Le compromis fordiste, accord tacite selon lequel, en échange d'un salaire relativement élevé et indexé sur la productivité du travail, les salariés acceptent de se plier aux méthodes de production de masse, est rompu. La désindexation des salaires par rapport aux prix, a été une mesure pour lutter contre l'inflation, mais qui du même coup, a aussi cassé le lien entre salaire réel et productivité, instaurant ainsi une nouvelle norme salariale. L'inflation a baissé, mais la part salariale aussi pour atteindre un niveau inférieur à celui qui prévalait avant la crise.

Denis Clerc montre cependant dans « Quelle tendance pour les salaires dans la valeur ajoutée ? », que la baisse tendancielle de la part salariale relevée par Michel Husson ne semble pas pertinente dans le cas de la France. Il intègre dans son analyse l'évolution du salariat et montre que la France ne connaît pas de mouvement général de baisse de la part salariale dans la répartition de la valeur ajoutée. Il montre néanmoins qu'il existe un changement de régime de croissance. D'une industrialisation et de gains de productivité élevés, on passerait à une tertiarisation et à des gains de productivités plus faibles caractéristiques d'une économie nouvelle : l'économie de la connaissance.

En conclusion, si l'on suit Denis Clerc, il apparaît que la part salariale de la valeur ajoutée n'a pas diminué en France. Il reste cependant des évolutions majeurs qui peuvent expliquer une sensation de dégradation de la répartition de la VA. D'une part, il s'agit de l'augmentation des cotisations sociales (CSG et CRDS) qui sont ponctionnées sur le salaire brut. D'autre part, le passage aux 35 heures a contribué à augmenter la masse salariale aux dépens de l'augmentation des salaires. En conséquence, moins qu'à une baisse tendancielle, c'est à une transition que l'on assiste, celle entre deux structures économiques nationales.

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